Sommaire7
Un ancien prospect écrit : « Effacez toutes mes données. » La demande est légitime, le délai court, et la question pratique arrive aussitôt : où sont-elles ? Sur sa fiche, bien sûr, mais aussi dans les e-mails synchronisés, l’outil d’emailing, un export envoyé au comptable l’an dernier et les sauvegardes de la nuit.
Ce guide de notre rubrique CRM et données clients traite les deux faces du sujet : combien de temps garder chaque donnée, et comment effacer pour de bon quand on vous le demande. Il complète notre guide pour nettoyer les données de son CRM, qui pose les durées dans une démarche de ménage plus large. Il donne des repères, pas un avis juridique : votre délégué à la protection des données, ou votre conseil, tranche votre cas.
En bref
La CNIL propose des durées de référence : trois ans pour un prospect, trois ans après la fin de la relation pour un client utilisé en prospection.
Les pièces comptables se gardent pendant la durée légale, dans une archive séparée des données actives.
Une demande d’effacement reçoit une réponse dans un délai d’un mois, prolongeable de deux mois si elle est complexe.
Effacer, c’est aussi traiter les e-mails synchronisés, les exports, les outils reliés et les sauvegardes.
Une personne qui refuse la prospection va dans une liste d’opposition, pour ne pas revenir au prochain import.
Combien de temps garder quoi
Le référentiel de la CNIL sur la gestion des activités commerciales donne les repères les plus utilisés pour un CRM :
pour un prospect non client, à compter de la collecte ou de son dernier contact (référentiel CNIL)
pour un client utilisé en prospection, après la fin de la relation commerciale (référentiel CNIL)
pour les pièces comptables, l’exemple d’obligation légale que cite le référentiel, en archive intermédiaire (référentiel CNIL)
au minimum pour la liste des personnes opposées à la prospection (questions-réponses CNIL)
Ces durées ne sont pas contraignantes : selon les questions-réponses de la CNIL sur ces référentiels, on peut s’en écarter à condition de justifier ses choix. Le principe, lui, l’est : l’article 5 du RGPD demande que les données ne soient pas conservées plus longtemps que nécessaire.
Ce que « dernier contact » veut dire
Le délai d’un prospect court à partir du dernier contact venant de lui. Le référentiel donne des exemples : une demande de documentation, un clic sur un lien d’un e-mail qui renvoie vers le produit présenté. La simple ouverture d’un e-mail ne devrait pas compter. Un e-mail envoyé par votre commercial ne remet donc pas le compteur à zéro.
En pratique, il faut un champ « dernier contact entrant » tenu à jour automatiquement : par la synchronisation des e-mails avec le CRM, qui voit les réponses, et par le formulaire du site, qui voit les demandes.
Au terme du délai
Le référentiel prévoit qu’on peut reprendre contact avec la personne pour savoir si elle souhaite continuer à recevoir des sollicitations. Sans réponse positive et explicite, ses données sont supprimées, ou archivées si une obligation le justifie. Une automatisation peut préparer chaque mois la liste des fiches arrivées à échéance ; la décision et l’envoi restent humains.
Le droit à l’oubli : ce que demande le règlement
Le droit à l’effacement est prévu par l’article 17 du RGPD. Quatre règles du même chapitre organisent la réponse :
- Un mois pour répondre, à compter de la réception de la demande, prolongeable de deux mois compte tenu de la complexité et du nombre de demandes, à condition d’en informer la personne dans le premier mois (article 12).
- Des exceptions : les données qu’une obligation légale impose de conserver, comme les factures, ou celles nécessaires à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice (article 17).
- Prévenir les destinataires à qui les données ont été communiquées, sauf si c’est impossible ou exige des efforts disproportionnés (article 19).
- L’opposition à la prospection se respecte toujours : le référentiel de la CNIL rappelle que sa prise en compte doit être systématique.
Un justificatif d’identité ne se demande qu’en cas de doute raisonnable sur l’identité de la personne, et se supprime une fois la demande traitée, selon le même référentiel.
Où se cachent les données d’un contact
Effacer une fiche ne suffit presque jamais. Les données d’une personne vivent aussi :
- dans les e-mails synchronisés et leurs pièces jointes, rattachés à sa fiche ;
- dans l’outil d’emailing, s’il a sa propre liste ;
- dans la facturation et le support, qui ont leurs propres fiches ;
- dans les exports et les tableurs envoyés par e-mail ou rangés sur un disque partagé ;
- dans les journaux des automatisations, qui gardent parfois le contenu des données traitées ;
- dans les sauvegardes, qui contiennent la fiche telle qu’elle était la nuit de la sauvegarde.
C’est là qu’une fiche client unique, qui relie les outils autour d’une même clé, fait gagner le plus de temps : elle dit où chercher.
Une demande d’effacement, du début à la fin
- La réception
La demande est enregistrée et datée, le délai d’un mois commence.
- L’inventaire
CRM, e-mails, emailing, facturation, support, exports.
- L’effacement
On efface ce qui peut l’être, on archive ce que la loi impose de garder.
- L’opposition
L’adresse rejoint la liste d’opposition si la personne refuse la prospection.
- La réponse
La personne est informée, et la réponse est gardée comme preuve.
Dans l’outil : la corbeille n’est pas l’effacement
La plupart des CRM ne suppriment pas tout de suite : la fiche part d’abord à la corbeille, pour qu’une erreur se rattrape. Dans Twenty, selon sa documentation sur les permissions, « supprimer » place la fiche à la corbeille, d’où elle peut être restaurée, et « détruire » l’efface définitivement ; ce sont deux droits distincts, attribués par rôle. Sa FAQ juridique précise que les fiches supprimées sont gardées 14 jours par défaut avant d’être effacées, une durée réglable dans les paramètres de sécurité.
Nous faisons tourner Twenty en production depuis début 2025, sur notre propre serveur, et c’est là que la question devient concrète : en auto-hébergement, les sauvegardes sont les vôtres. Une fiche effacée aujourd’hui vit encore dans chaque sauvegarde prise avant, aussi longtemps que vous gardez ces sauvegardes.
Attention
Une sauvegarde restaurée peut ressusciter une fiche effacée
Notez dans votre registre combien de temps vivent vos sauvegardes, et gardez la trace des effacements effectués : si une sauvegarde doit être restaurée, ces effacements se réappliquent avant toute reprise de l’activité. Notre article sur les sauvegardes d’un serveur à soi détaille le reste.
La liste d’opposition, la seule donnée qu’on garde exprès
Effacer entièrement une personne qui refuse la prospection a un effet pervers : au prochain import d’un fichier, elle revient. La CNIL recommande de conserver, au minimum trois ans, ce qui permet de respecter son opposition, dans une liste qui ne sert qu’à cela. Chaque import et chaque formulaire la consultent avant de créer une fiche.
Et quand le CRM décide seul
Un CRM qui note les contacts, classe les demandes ou écarte des candidatures sans regard humain entre dans un autre chapitre du règlement, celui des décisions automatisées. Notre article sur la décision automatisée par l’IA en trace les limites.
Par où commencer
- Écrivez vos durées
Par catégorie de données, avec la justification de chaque écart au référentiel.
- Créez le champ « dernier contact entrant »
Et alimentez-le automatiquement.
- Réservez le droit de destruction
À un rôle, et réglez la durée de la corbeille.
- Dressez la carte des outils
Où vivent les données d’un contact, sauvegardes comprises.
- Écrivez la procédure d’effacement
Avec la personne qui la porte et le délai d’un mois.
Le reste de la rubrique couvre le choix entre Twenty, Dolibarr et Odoo, Twenty en production, Twenty comme back-office, la migration depuis HubSpot, le coût réel d’Odoo, les relances commerciales et l’adoption d’un CRM par les commerciaux.
Un CRM livré avec ses durées de conservation, ses droits par rôle et des sauvegardes testées, c’est notre offre CRM et ERP. Pour une première lecture de votre situation, écrivez-nous.
Questions fréquentes
Combien de temps peut-on garder un prospect dans son CRM ?
La CNIL propose trois ans à compter de la collecte ou du dernier contact venant du prospect, comme une demande de documentation ou un clic sur un lien d’un e-mail. Au terme du délai, on peut lui demander s’il souhaite continuer à recevoir des sollicitations ; sans réponse positive, ses données sont supprimées ou archivées. Cette durée n’est pas contraignante, mais un écart se justifie.
Doit-on effacer les factures d’un client qui demande l’effacement ?
Non. Le RGPD prévoit une exception pour les données qu’une obligation légale impose de conserver, et les pièces comptables en font partie. On efface ce qui ne sert qu’à la relation commerciale (contacts, notes, historique de prospection), et on garde les factures dans une archive séparée des données actives, accessible aux seules personnes qui en ont besoin, jusqu’au terme de la durée légale.
Faut-il effacer aussi les données dans les sauvegardes ?
Modifier chaque sauvegarde est rarement possible. L’usage raisonnable est de fixer une durée de vie courte aux sauvegardes, de l’écrire dans votre registre, et de garder la trace des effacements effectués pour les réappliquer si une sauvegarde est restaurée. Faites valider cette approche par votre délégué à la protection des données, qui tranche selon votre contexte.
Que mettre dans la liste d’opposition ?
Le strict nécessaire pour reconnaître la personne : en général son adresse e-mail, avec la date de l’opposition. La CNIL recommande de garder cette information au minimum trois ans, et précise qu’elle ne peut servir à rien d’autre qu’à respecter l’opposition. Chaque import et chaque formulaire la consultent avant de créer une fiche.
Sources
- CNIL, référentiel relatif aux traitements de données mis en œuvre aux fins de gestion des activités commerciales (nouvel onglet)cnil.fr
- Questions-réponses CNIL (nouvel onglet)cnil.fr
- CNIL, RGPD, chapitre 2 : principes (nouvel onglet)cnil.fr
- CNIL, RGPD, chapitre 3 : droits de la personne concernée (nouvel onglet)cnil.fr
- Twenty, documentation : Permissions (nouvel onglet)docs.twenty.com
- Twenty, documentation : Legal FAQ (nouvel onglet)docs.twenty.com
CNIL, référentiel relatif aux traitements de données mis en œuvre aux fins de gestion des activités commerciales
Lire sur cnil.fr(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
À lire aussi en crm et données clients

Guide pratique10 min
Nettoyer les données de son CRM : doublons, champs et règles
Un CRM rempli de doublons et de champs vides n'est plus consulté, et chaque automatisation ou IA branchée dessus répète ses erreurs. La méthode pour faire le grand ménage, puis les règles et les contrôles automatiques qui le font tenir.

Guide pratique8 min
CRM et e-mail : synchroniser sans tout exposer
Brancher les boîtes mail sur le CRM rend l'historique client lisible par toute l'équipe, à condition de choisir ce qui entre et ce que chacun voit. Les réglages qui décident, rôle par rôle, et ce que l'e-mail ne doit jamais remplacer.

Guide pratique8 min
Fiche client unique : réunir CRM, facturation et support
Le commercial propose une extension à un client dont la facture est impayée et le ticket ouvert depuis dix jours : il ne voyait ni l'une ni l'autre. Ce que change une fiche client unique pour chaque métier, les deux façons de la construire et la règle qui la rend fiable.
