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Le cahier des charges a mauvaise réputation, et souvent à raison : un long document rédigé une fois, que personne ne relit, et qui décrit des fonctions plutôt que des besoins. Pourtant, c’est le document qui décide si trois devis se comparent, si le projet tient son budget, et si l’on sait dire, à la livraison, que c’est fini. Ce qui compte n’est pas sa longueur, mais ce qu’il permet de trancher.
En bref
Un cahier des charges utile sert trois choses : comparer des devis, fixer le premier jour, savoir quand c’est fini.
Il décrit des usages et des résultats, pas une liste de fonctions ni des choix techniques imposés sans raison.
Sept éléments comptent : les utilisateurs, le premier jour, les données et les droits, les intégrations, les contraintes, la propriété, l’exploitation.
Les obligations (données personnelles, suppression de compte, accessibilité) s’y écrivent dès le début, quand elles coûtent le moins.
Une maquette cliquable le complète : elle montre ce que les mots décrivent mal.
À quoi sert un cahier des charges
Un cahier des charges n’est pas une formalité avant le vrai travail. Il rend trois services, qu’on mesure tout au long du projet.
- Comparer des devis. Trois prestataires qui lisent le même document chiffrent la même chose. Sans lui, chacun chiffre sa propre idée du projet, et l’écart de prix ne dit rien.
- Fixer le premier jour. Les dépassements viennent souvent de fonctions ajoutées en route. Un périmètre écrit permet de dire « oui, dans la version suivante », sans conflit.
- Savoir quand c’est fini. Des critères d’acceptation écrits (« un technicien enregistre une intervention avec trois photos en moins d’une minute ») transforment la livraison en vérification, plutôt qu’en débat.
Du besoin au devis
- Le besoin
Le geste à simplifier, et pour qui.
- La maquette
Quelques écrans testés avec de vrais utilisateurs.
- Le cahier des charges
Ce qui a été validé, écrit et borné.
- Le devis
Chaque décision chiffrée à part, exploitation comprise.
Les sept éléments qui comptent
1. Qui s’en sert, et pour quoi faire
Les utilisateurs, nommés par rôle (le technicien, le client, la comptable), et pour chacun les deux ou trois gestes qu’il doit pouvoir faire. Un parcours décrit en une phrase (« le client dépose une pièce manquante depuis son téléphone et reçoit une confirmation ») vaut mieux qu’une liste de quarante fonctions.
2. Le premier jour, et ce qui attendra
La liste courte de ce que l’application fait au lancement, et la liste, plus longue, de ce qui viendra après. C’est la décision qui pèse le plus sur le prix d’une application.
Sur le terrain
Challenge Us : un besoin d’une phrase, en ligne le lendemain
Le besoin de Challenge Us, une application de défis de groupe que nous avons développée, tenait en une phrase : se fixer un objectif en groupe, saisir sa journée, voir celle des autres en direct, sans inscription compliquée. Cadrée le 1er septembre 2026, sa première version tournait dans le navigateur le 2 septembre. Le détail est dans l’étude de cas Challenge Us.
3. Les données, et qui voit quoi
Quelles informations l’application garde, d’où elles viennent, et pour chaque rôle ce qu’il peut lire et modifier. C’est le socle de la sécurité d’une application, et c’est ce qui rend possible un portail client où chacun ne voit que ses dossiers.
4. Les logiciels à brancher
Le CRM, l’ERP, l’outil de facturation : pour chacun, ce qui circule dans quel sens, et s’il dispose d’une interface de programmation documentée. C’est souvent la ligne la plus incertaine d’un devis ; un bon cahier des charges permet au prestataire de le dire.
5. Les contraintes d’usage
Les conditions réelles : téléphones de l’entreprise ou personnels, réseau absent sur certains sites (voir l’application hors connexion), langues, notifications attendues (voir les notifications push), paiements (voir l’abonnement), fonctions d’IA (voir l’IA dans une application). Et le canal de diffusion : navigateur, stores, ou distribution privée, que compare PWA ou application native.
6. La propriété
Le code, la base de données, les comptes développeur, l’hébergement et le domaine à votre nom, et une cession des droits écrite. C’est ce qui évite d’avoir un jour à reprendre une application abandonnée par son prestataire, et ce qu’explique publier sous son propre compte développeur.
7. L’exploitation après le lancement
Qui surveille, qui corrige, sous quel délai, et le coût mensuel ligne par ligne : hébergement, base de données, e-mails, comptes des stores, mises à jour imposées. Le détail est dans le budget de maintenance d’une application.
Les obligations à écrire dès le début
Certaines exigences coûtent peu au départ et cher en rattrapage. Elles ont leur place dans le cahier des charges.
- La protection des données dès la conception. L’article 25 du RGPD demande de mettre en œuvre la protection des données au moment de concevoir le traitement, et de ne traiter par défaut que les données nécessaires à chaque finalité, selon le texte publié par la CNIL. Une donnée qu’on ne collecte pas n’a pas à être protégée.
- La suppression de compte. Les consignes de revue d’Apple sont claires : une application qui permet de créer un compte doit aussi permettre de le supprimer depuis l’application, selon la règle 5.1.1.
- L’accessibilité. Depuis le 28 juin 2025, la directive européenne sur l’accessibilité s’applique à certains services fournis aux particuliers, dont le commerce en ligne et la banque. Même quand elle ne vous vise pas, une application lisible par tous sert aussi vos utilisateurs pressés, en plein soleil ou d’une seule main.
À retenir
Écrites au cahier des charges, ces obligations se chiffrent et se testent comme le reste. Découvertes au moment de publier, elles retardent la sortie.
Ce qui n’a pas sa place dans un cahier des charges
Ce qui aide le projet
Des parcours décrits en une phrase, avec leur utilisateur
Un premier jour court, et la liste de ce qui attendra
Des critères d’acceptation vérifiables
Ce qui l’alourdit
Une liste de souhaits sans priorité
Des choix techniques imposés sans raison métier
Des pages copiées d’un modèle, qui ne parlent pas de votre activité
Imposer une technologie n’est pas interdit, quand une raison existe : vos équipes maintiennent déjà ce langage, votre service informatique impose un hébergement. Sans raison, mieux vaut décrire le résultat attendu et laisser le prestataire proposer, puis comparer les propositions. Si un outil sans développeur peut suffire, le cahier des charges le révélera aussi : c’est le sujet de low-code ou code.
Par où commencer
Écrivez d’abord, en une page, les utilisateurs et leurs gestes, puis le premier jour. Faites tester ces gestes sur une maquette cliquable avant de compléter le reste : la maquette fera tomber des fonctions inutiles et en révélera d’autres. Si vous hésitez encore entre développer et acheter, la grille de sur mesure ou outil du marché se remplit avec les mêmes informations. Pour une application de terrain, partez de ce qu’elle change pour vos équipes ; pour le back-end, de Supabase, Firebase ou serveur à soi. Et si l’idée est de tout générer avec une IA, le vibe coding dit ce qui reste à décider par des humains.
Questions fréquentes
Combien de pages doit faire un cahier des charges d’application ?
Il n’y a pas de bonne longueur. Pour une première version, quelques pages suffisent souvent, si elles décrivent les utilisateurs, leurs gestes, le premier jour, les données et les droits, les intégrations et la propriété. Un document long qui liste des fonctions sans priorité aide moins qu’un document court qui tranche.
Qui doit rédiger le cahier des charges ?
L’entreprise qui commande l’application connaît le besoin, les utilisateurs et les contraintes : c’est elle qui en porte le fond. Un prestataire peut l’aider à le structurer et à le compléter, souvent lors d’une phase de cadrage. Ce qui compte, c’est que la version finale soit validée par ceux qui utiliseront l’application.
Faut-il un cahier des charges pour une petite application ?
Oui, même d’une page. Sans lui, impossible de comparer deux devis ou de savoir quand l’application est terminée. Pour une petite application, il se résume aux utilisateurs, aux gestes du premier jour, aux données et à la propriété du code et des comptes.
Le cahier des charges peut-il changer pendant le projet ?
Oui, et c’est normal : les premiers retours des utilisateurs font évoluer les priorités. L’important est que chaque changement soit écrit, chiffré et accepté avant d’être développé. Le premier jour reste court, et ce qui s’ajoute passe dans la version suivante.
Sources
- CNIL, RGPD, chapitre 4 (nouvel onglet)cnil.fr
- Consignes de revue de l’App Store, Apple (nouvel onglet)developer.apple.com
- Directive (UE) 2019/882, EUR-Lex (nouvel onglet)eur-lex.europa.eu
Jim · fondateur de Brain Plus AI
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