Applications web et mobiles 7 min

Sécurité d'une application : comptes, connexion et données

La sécurité d'une application tient d'abord à ses règles d'accès : chaque utilisateur ne doit lire et modifier que ses propres données, et c'est le serveur qui le vérifie, jamais l'écran. Viennent ensuite une connexion adaptée à l'usage, des secrets gardés hors du téléphone, la suppression de compte et un plan en cas de fuite.

Sommaire6
  1. 01La première faille : qui a le droit de voir quoi
  2. 02Une connexion à la mesure de l’usage
  3. 03Les secrets ne vivent pas sur le téléphone
  4. 04Ce que les données de vos utilisateurs exigent
  5. 05Ce qu’il faut demander à votre prestataire
  6. 06Questions fréquentes

Quand on pense à la sécurité d’une application, on pense au mot de passe qu’un pirate devinerait. C’est rarement par là que les données fuient. Le plus souvent, l’application laisse simplement un utilisateur connecté lire ce qui ne lui appartient pas, parce qu’une règle d’accès manque quelque part. Pour un dirigeant, la bonne question n’est donc pas « nos mots de passe sont-ils assez compliqués ? », mais « qui vérifie, à chaque demande, que cette personne a le droit de voir cette donnée ? ».

En bref

  • Le contrôle d’accès est la première faille des applications web : chaque demande doit être vérifiée par le serveur.

  • La connexion doit être à la mesure de l’usage : un code par e-mail ou une clé d’accès valent souvent mieux qu’un mot de passe compliqué.

  • Les secrets (clés d’API, clés d’administration) ne vivent jamais dans l’application installée sur le téléphone.

  • Supprimer son compte, signaler une fuite, restaurer une sauvegarde : ce sont des fonctions à prévoir avant le lancement, pas après.

La première faille : qui a le droit de voir quoi

Le classement de référence des risques des applications web, le Top 10 de l’OWASP, place en tête de son édition 2025 le contrôle d’accès défaillant, devant les erreurs de configuration. Les défaillances d’authentification, elles, n’arrivent qu’en septième position.

Définition

Contrôle d’accès

L’ensemble des règles qui disent, pour chaque donnée, qui peut la lire, la modifier ou la supprimer. Un client voit ses factures, pas celles du voisin ; un technicien voit ses interventions, un responsable celles de son équipe.

Le piège est de faire porter ces règles par l’écran. Masquer un bouton ne protège rien : quiconque connaît l’adresse de la donnée peut la demander directement au serveur. La règle doit vivre côté serveur, au plus près de la base. Avec Supabase, par exemple, ce sont les règles d’accès ligne à ligne : sa documentation demande de les activer sur chaque table exposée, et précise qu’une fois activées, aucune donnée n’est accessible par la clé publique tant qu’aucune règle ne l’autorise.

Attention

Ce qui arrive quand la règle manque

En mai 2025, la faille CVE-2025-48757, notée 8,26 sur 10, touchait des applications générées par la plateforme Lovable : faute de règles d’accès sur certaines tables, la clé publique de l’application suffisait à lire des noms, des adresses e-mail, des clés d’API de services tiers, et parfois à modifier le statut d’un paiement. Nous revenons sur ces incidents dans notre article sur le vibe coding.

C’est aussi l’un des arguments de fond du choix entre Supabase, Firebase ou un serveur à soi : chacun exprime ces règles à sa façon, et aucun ne les écrit à votre place.

Une connexion à la mesure de l’usage

La connexion est la porte d’entrée de l’application, et chaque marche en trop fait perdre des utilisateurs. La bonne connexion dépend de ce que l’application protège.

  • Sans compte, quand c’est possible. Apple le demande dans la règle 5.1.1 de ses consignes de revue : si l’application n’a pas de fonctions qui dépendent vraiment d’un compte, elle doit pouvoir s’utiliser sans connexion.
  • Un lien ou un code par e-mail. Pas de mot de passe à retenir : l’utilisateur reçoit un lien à usage unique ou un code à six chiffres. Chez Supabase, ils expirent par défaut au bout d’une heure, selon sa documentation sur la connexion sans mot de passe.
  • Les clés d’accès (passkeys). La connexion se fait avec le déverrouillage du téléphone, sans secret à taper ni à voler. La version 4 des lignes directrices d’identité numérique du NIST, publiée en juillet 2025, intègre les clés d’accès synchronisées, selon sa présentation.
  • Un mot de passe, quand il le faut, mais selon les règles actuelles, qui ont beaucoup changé.
15 caractères

au moins pour un mot de passe qui sert seul à se connecter

8 caractères

au moins quand il s’ajoute à un second facteur

0 règle de composition

imposée : plus d’obligation de mêler majuscules, chiffres et symboles

Source : NIST SP 800-63B-4, juillet 2025

Le même texte interdit d’exiger un changement périodique du mot de passe, sauf signe de compromission, et demande de refuser les mots de passe courants ou déjà apparus dans des fuites.

Sur le terrain

Dans Challenge Us, un prénom suffit pour commencer

Challenge Us, une application de défis de groupe que nous avons développée, ne demande qu’un prénom pour entrer ; l’e-mail ou un code de récupération sont facultatifs. Sur iPhone, l’application installée ne partage pas sa session avec le navigateur : elle montre donc le code de récupération avant d’expliquer l’installation à qui n’a pas lié d’e-mail. Une entrée simple n’empêche pas les règles d’être tenues par le serveur, jusqu’à la date de chaque saisie, que l’horloge du téléphone ne peut pas antidater.

Les secrets ne vivent pas sur le téléphone

Tout ce qui est livré dans l’application (le code de l’écran, ses fichiers) peut être lu par un curieux. Une clé d’API payante, une clé d’administration de la base ou un identifiant de service n’y ont donc pas leur place. Supabase le dit sans détour : sa clé secrète contourne les règles d’accès et ne doit jamais se trouver dans le navigateur ni chez un client.

Ce qui demande un secret passe par une fonction côté serveur, qui fait l’appel et ne renvoie que le résultat. C’est vrai pour un paiement, pour un envoi d’e-mail, pour un appel à un modèle d’IA. Le sujet dépasse les applications : notre article sur les coffres-forts de secrets montre comment des outils s’en servent sans jamais les voir.

Ce que les données de vos utilisateurs exigent

Une application qui crée des comptes traite des données personnelles, avec des obligations précises.

  • La suppression du compte dans l’application. Apple l’exige de toute application qui permet d’en créer un, dans la même règle 5.1.1. Supprimer veut dire effacer les données, pas seulement masquer le profil.
  • Ne demander que l’utile. Toujours selon Apple, une application ne peut exiger des informations personnelles que si elles servent sa fonction principale ou si la loi l’impose. Le RGPD dit la même chose sous le nom de minimisation.
  • Un plan en cas de fuite. L’article 33 du RGPD impose de notifier une violation de données à l’autorité de contrôle dans les 72 heures après en avoir pris connaissance, sauf si elle ne présente pas de risque pour les personnes. Savoir qui prévient qui, avec quels journaux, se décide avant.
  • Des sauvegardes restaurables. Une base perdue est aussi un incident de sécurité. Une sauvegarde qu’on n’a jamais restaurée ne protège de rien, comme le montre ce qui casse vraiment dans les sauvegardes.

Ce qu’il faut demander à votre prestataire

  1. La carte des accès.

    Pour chaque type d’utilisateur, ce qu’il voit, modifie et supprime, écrit avant le développement.

  2. Des tests de ces règles.

    Un test qui se connecte en client A et vérifie qu’il ne lit rien du client B, rejoué à chaque version.

  3. L’inventaire des secrets.

    Où vit chaque clé, qui y a accès, comment on la change si elle fuit.

  4. Le parcours de suppression et de fuite.

    Comment un utilisateur supprime son compte, comment l’équipe réagit à une violation.

Ces points se décident au cadrage, et c’est là qu’ils coûtent le moins : une règle d’accès oubliée se corrige en une ligne avant le lancement, et en notification à l’autorité après. Ils font partie de ce qui fait varier le prix d’une application, surtout quand plusieurs rôles cohabitent, comme dans un portail client ou une application pour les équipes terrain. Et ils se suivent dans le temps, avec les mises à jour des bibliothèques comptées dans le budget de maintenance.

Notre développement d’applications fait tenir les droits d’accès par le serveur, et non par l’écran : ce qui doit être juste, comme un compteur, une date ou un droit d’accès, ne dépend pas du téléphone.

Questions fréquentes

Faut-il obliger les utilisateurs à créer un compte ?

Non, si l’application peut s’en passer : Apple demande qu’une application sans fonctions vraiment liées à un compte puisse s’utiliser sans connexion. Quand un compte est nécessaire, une entrée légère (un lien ou un code par e-mail) fait perdre moins d’utilisateurs qu’un formulaire complet.

Un mot de passe complexe est-il plus sûr ?

Pas forcément. Les lignes directrices du NIST publiées en juillet 2025 privilégient la longueur (15 caractères au moins pour un mot de passe seul), interdisent d’imposer un mélange de types de caractères ou un changement périodique, et demandent de refuser les mots de passe déjà apparus dans des fuites.

Une application générée par une IA est-elle moins sûre ?

Pas par nature, mais personne ne vérifie à sa place qui a le droit de lire quoi. La faille CVE-2025-48757, en 2025, venait de règles d’accès absentes dans des applications générées : une relecture humaine des règles et des tests d’accès restent indispensables.

Que faire si les données d’une application fuient ?

Contenir la fuite (changer les clés, corriger la règle), évaluer le risque pour les personnes, puis notifier l’autorité de contrôle dans les 72 heures si ce risque existe, comme le prévoit l’article 33 du RGPD. Les personnes concernées doivent aussi être prévenues quand le risque est élevé. Tout cela se prépare avant le lancement.

Sources

  1. OWASP Top 10:2025 (nouvel onglet)top10.owasp.org
  2. Documentation Supabase, Row Level Security (nouvel onglet)supabase.com
  3. Matt Palmer, CVE-2025-48757 (nouvel onglet)mattpalmer.io
  4. Apple, consignes de revue de l’App Store (nouvel onglet)developer.apple.com
  5. Documentation Supabase, connexion sans mot de passe (nouvel onglet)supabase.com
  6. NIST SP 800-63, révision 4 (nouvel onglet)pages.nist.gov
  7. Règlement général sur la protection des données, EUR-Lex (nouvel onglet)eur-lex.europa.eu
Source 2

Documentation Supabase, Row Level Security

Lire sur supabase.com(nouvel onglet)
Source 3

Matt Palmer, CVE-2025-48757

Lire sur mattpalmer.io(nouvel onglet)
Source 4

Apple, consignes de revue de l’App Store

Lire sur developer.apple.com(nouvel onglet)
Source 5

Documentation Supabase, connexion sans mot de passe

Lire sur supabase.com(nouvel onglet)
Source 6

NIST SP 800-63, révision 4

Lire sur pages.nist.gov(nouvel onglet)
Source 7

Règlement général sur la protection des données, EUR-Lex

Lire sur eur-lex.europa.eu(nouvel onglet)

Jim · fondateur de Brain Plus AI

À lire aussi en applications web et mobiles

  • Choisir et chiffrer6 min

    Back-end d'application : Supabase, Firebase ou serveur à soi

    Derrière les écrans d'une application, il faut des comptes, une base de données, des fichiers et des règles. Supabase, Firebase et un serveur à soi y répondent de trois façons, et chacun engage des choses différentes.

  • Comprendre7 min

    Portail client : l'accès de vos clients à leurs dossiers

    « Où en est mon dossier ? », « Pouvez-vous me renvoyer la facture ? » : un portail client répond à ces questions sans appel ni e-mail. Voici ce qu'il change, les trois façons d'en avoir un, et la règle qui le rend sûr.

  • Prendre du recul24 min

    Vibe coding : l'IA code vite, le produit reste humain

    L'IA a fait tomber de vraies barrières techniques, mais elle n'a pas supprimé ce qui fait un produit. Le vrai et le faux du « tout le monde peut tout faire en informatique », avec des exemples dans les deux sens.

WhatsApp