Sommaire7
- 01Qu’est-ce qu’un modèle d’IA « généraliste » ?
- 02Ce que doivent les fournisseurs de modèles
- 03Ce que le Bureau de l’IA peut faire depuis le 2 août 2026
- 04Le calendrier, de 2025 à 2027
- 05Le code de bonnes pratiques : qui l’a signé ?
- 06Ce qu’une entreprise peut demander à son fournisseur d’IA
- 07Questions fréquentes
Le 2 août 2026, un an après l’entrée en application des règles sur les modèles d’IA généralistes, la Commission européenne a reçu le droit de les faire respecter. Son Bureau de l’IA (l’« AI Office ») peut désormais demander des documents aux fournisseurs de ces modèles, les évaluer, exiger des corrections et, en dernier recours, infliger une amende. Ce pouvoir s’exerce au niveau européen, sans attendre les autorités nationales.
Cet article de notre rubrique IA d’entreprise fait le point sur ces pouvoirs à partir du texte consolidé du règlement. Ce n’est pas un conseil juridique : pour un projet précis, votre DPO ou un avocat a le dernier mot. Les obligations d’une entreprise qui utilise l’IA sont dans notre guide de l’AI Act et du RGPD pour les PME, et la démarche d’ensemble dans notre guide pour intégrer l’IA en entreprise.
En bref
Les fournisseurs de modèles généralistes ont des obligations depuis le 2 août 2025 ; la Commission peut les sanctionner depuis le 2 août 2026.
L’amende peut atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le montant le plus élevé étant retenu.
Les modèles mis sur le marché avant le 2 août 2025 ont jusqu’au 2 août 2027 pour se mettre en conformité.
Une entreprise qui utilise un modèle par une API n’en devient pas le fournisseur ; elle peut en revanche exiger la documentation que le fournisseur lui doit.
Qu’est-ce qu’un modèle d’IA « généraliste » ?
Le règlement parle de « modèle d’IA à usage général » : un modèle capable d’accomplir un large éventail de tâches, que d’autres intègrent dans leurs propres outils. Les grands modèles de langage derrière les assistants conversationnels en sont l’exemple type. Selon les lignes directrices publiées par la Commission le 18 juillet 2025, un modèle entraîné avec plus de 10²³ opérations de calcul et capable de générer du texte, du son, des images ou des vidéos est, à titre indicatif, considéré comme généraliste. Ce chiffre, comme le seuil de 10²⁵ cité plus bas, nous le reprenons de sources secondaires, l’analyse du cabinet WilmerHale et une note de la Cloud Security Alliance, qui résument le texte : le seuil de 10²⁵ figure à l’article 51 de l’AI Act, celui de 10²³ dans les lignes directrices de la Commission, et c’est là qu’il faut les vérifier avant de qualifier un modèle.
Le fournisseur est celui qui développe le modèle et le met sur le marché. Une entreprise qui l’appelle par une API pour bâtir un assistant n’en devient pas fournisseur. Elle ne le devient qu’en le modifiant lourdement : le critère indicatif retenu par la Commission est un calcul de modification supérieur au tiers de celui de l’entraînement d’origine, selon l’analyse du cabinet WilmerHale.
Ce que doivent les fournisseurs de modèles
L’article 53 impose quatre obligations à tout fournisseur de modèle généraliste :
- Une documentation technique du modèle, de son entraînement et de ses évaluations, à fournir sur demande au Bureau de l’IA.
- Une documentation pour les intégrateurs, qui leur permet de comprendre les capacités et les limites du modèle et de remplir leurs propres obligations.
- Une politique de respect du droit d’auteur, qui identifie et respecte les refus exprimés par les ayants droit.
- Un résumé public des contenus d’entraînement, selon un modèle fourni par le Bureau de l’IA.
Les modèles publiés sous licence libre, poids compris, sont dispensés des deux premières. Les modèles « à risque systémique », présumés tels au-delà de 10²⁵ opérations de calcul d’entraînement selon la note de la Cloud Security Alliance du 29 août 2026, doivent en plus, selon l’article 55, évaluer le modèle par des essais contradictoires, atténuer ses risques, signaler les incidents graves et protéger sa cybersécurité.
Ce que le Bureau de l’IA peut faire depuis le 2 août 2026
Les obligations courent depuis le 2 août 2025, mais l’article 113 avait différé d’un an l’article 101, celui des amendes. Le règlement organise une montée en puissance, où chaque étape peut être précédée d’un dialogue avec le fournisseur :
Les pouvoirs du Bureau de l’IA, du dialogue à l’amende
- Le dialogue
Le Bureau de l’IA peut d’abord échanger avec le fournisseur, de manière structurée.
- Les documents
La Commission peut exiger la documentation technique et toute information utile (article 91).
- L’évaluation
Elle peut évaluer le modèle elle-même, avec un accès par API ou au code source (article 92).
- Les mesures
Elle peut exiger une mise en conformité, une atténuation des risques, voire un retrait du marché (article 93).
- L’amende
Jusqu’à 15 M€ ou 3 % du chiffre d’affaires mondial (article 101).
L’amende de l’article 101 vise un manquement commis de propos délibéré ou par négligence : une obligation non respectée, une information refusée, inexacte ou trompeuse, une mesure ignorée, un accès au modèle refusé. Depuis la révision de juillet 2026, le Bureau de l’IA surveille aussi les systèmes d’IA bâtis par un fournisseur sur son propre modèle généraliste, avec les pouvoirs d’une autorité de surveillance du marché (article 75a). Aucune amende n’a été rendue publique, à notre connaissance au 20 octobre 2026 : nous n’avons trouvé aucune décision de sanction annoncée par la Commission à cette date, ce qui ne prouve pas qu’aucune procédure ne soit en cours.
Le calendrier, de 2025 à 2027
- 10 juillet 2025
La Commission publie le code de bonnes pratiques des modèles généralistes.
- 2 août 2025
Les obligations des fournisseurs de modèles généralistes s’appliquent.
- 2 août 2026
La Commission peut sanctionner ; la plupart des autres règles de l’AI Act s’appliquent.
- 2 août 2027
Date limite pour les modèles mis sur le marché avant le 2 août 2025.
La dernière date vient de l’article 111. Les autres échéances de l’AI Act, jusqu’en 2028, sont dans notre calendrier de la réglementation de l’IA.
Le code de bonnes pratiques : qui l’a signé ?
Le code de bonnes pratiques des modèles généralistes, publié le 10 juillet 2025, compte trois chapitres : transparence, droit d’auteur, sûreté et sécurité. Le dernier ne concerne que les modèles à risque systémique. Le signer permet de démontrer sa conformité ; un fournisseur qui ne le signe pas doit prouver qu’il dispose « d’autres moyens appropriés », selon l’article 53.
La liste des signataires est publique sur la page de la Commission, mise à jour le 7 octobre 2026. On y trouve notamment Aleph Alpha, Amazon, Anthropic, Cohere, Google, IBM, Microsoft, Mistral AI et OpenAI ; xAI n’a signé que le chapitre sûreté et sécurité. La signature est un indice de méthode, pas un classement des modèles entre eux.
Ce qu’une entreprise peut demander à son fournisseur d’IA
C’est le bénéfice concret de ces règles pour une équipe de 20 à 500 personnes : la documentation que le fournisseur doit aux intégrateurs devient un droit, pas une faveur. Avant de choisir un modèle, ou à la prochaine revue de contrat, quatre questions suffisent :
- Où est la documentation destinée aux intégrateurs (capacités, limites, usages déconseillés) ?
- Où est publié le résumé des données d’entraînement du modèle que vous utilisez ?
- Le fournisseur a-t-il signé le code de bonnes pratiques, et quels chapitres ?
- Le modèle est-il sorti avant le 2 août 2025 ? Si oui, quel est son plan de mise en conformité d’ici le 2 août 2027 ?
Les réponses ne disent pas quel modèle est le meilleur pour votre tâche : seul un test sur vos propres exemples le dit, comme l’explique notre méthode pour évaluer un modèle avant la production. L’historique des sorties de chaque éditeur est dans notre comparatif des modèles d’IA, et le choix entre API, cloud privé et serveur sur site dans les quatre niveaux de l’IA privée.
Sur le terrain
Ne dépendre d’aucun fournisseur reste la meilleure assurance, réglementaire comme économique. Sur le pipeline de traduction que nous opérons pour Palmora Property, un portail immobilier en six langues, le changement de fournisseur a divisé le coût par 60 (mesure interne, sur notre propre chaîne de traduction pour ce client, relevée en août 2026 ; un autre volume ou un autre couple de modèles donnerait un autre rapport) : c’est possible parce que le modèle n’est jamais écrit en dur, mais choisi dans une table de routage que nous révisons. Le même mécanisme permettrait de remplacer un modèle dont le fournisseur serait sanctionné ou retiré du marché.
Côté national, la France n’a pas encore désigné ses propres autorités de contrôle : où en est la loi, et qui contrôlerait quoi, est expliqué dans qui contrôle l’AI Act en France.
Date à retenir : le 2 août 2027, fin du délai des modèles sortis avant le 2 août 2025. Pour faire le tri dans vos abonnements et vos usages d’IA, et savoir lesquels changer de fournisseur, voyez notre offre IA au juste coût.
Questions fréquentes
Depuis quand l’Europe peut-elle sanctionner OpenAI, Google ou Mistral au titre de l’AI Act ?
Depuis le 2 août 2026. Les obligations des fournisseurs de modèles généralistes s’appliquent depuis le 2 août 2025, mais l’article 101, qui permet à la Commission d’infliger des amendes, n’est applicable que depuis le 2 août 2026. Les modèles mis sur le marché avant le 2 août 2025 ont jusqu’au 2 août 2027.
Quel est le montant maximal de l’amende pour un fournisseur de modèle d’IA ?
Jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires mondial annuel de l’exercice précédent ou 15 millions d’euros, le montant le plus élevé étant retenu. L’amende sanctionne un manquement délibéré ou par négligence, y compris le refus de fournir des informations ou l’accès au modèle demandé par la Commission.
Mon entreprise devient-elle fournisseur de modèle si elle utilise une API d’IA ?
Non. Une entreprise qui utilise un modèle par une API, même pour bâtir son propre assistant, n’en devient pas le fournisseur. Elle peut le devenir en modifiant lourdement le modèle : le critère indicatif de la Commission est un calcul de modification supérieur au tiers de celui de l’entraînement d’origine.
Que peut-on exiger d’un fournisseur de modèle d’IA ?
La documentation destinée aux intégrateurs, qui décrit les capacités et les limites du modèle, et le résumé public de ses données d’entraînement. Vous pouvez aussi demander s’il a signé le code de bonnes pratiques et, pour un modèle sorti avant août 2025, son plan de conformité d’ici août 2027.
Sources
- Les lignes directrices publiées par la Commission le 18 juillet 2025 (nouvel onglet)digital-strategy.ec.europa.eu
- Article 51 de l’AI Act (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- L’analyse du cabinet WilmerHale (nouvel onglet)wilmerhale.com
- Article 53 (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- La note de la Cloud Security Alliance du 29 août 2026 (nouvel onglet)labs.cloudsecurityalliance.org
- L’article 55 (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- Article 113 (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- Article 101 (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- Article 75a (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- Article 111 (nouvel onglet)ai-act-service-desk.ec.europa.eu
- Code de bonnes pratiques des modèles généralistes (nouvel onglet)digital-strategy.ec.europa.eu
Les lignes directrices publiées par la Commission le 18 juillet 2025
Lire sur digital-strategy.ec.europa.eu(nouvel onglet)La note de la Cloud Security Alliance du 29 août 2026
Lire sur labs.cloudsecurityalliance.org(nouvel onglet)Code de bonnes pratiques des modèles généralistes
Lire sur digital-strategy.ec.europa.eu(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
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