IA d'entreprise 8 min

Quand un grand cabinet cite des études qui n’existent pas

En 2025, deux rapports publics remis par Deloitte, en Australie et à Terre-Neuve-et-Labrador, contenaient des références introuvables, selon la presse. La leçon ne vise pas un cabinet : un assistant d'IA produit des citations plausibles, et seule une vérification humaine, lien par lien, distingue une source réelle d'une source inventée avant qu'un document soit signé.

Sommaire7
  1. 01Deux rapports, deux pays, la même erreur
  2. 02Pourquoi une citation inventée passe inaperçue
  3. 03Ce n’est pas un problème de cabinet
  4. 04Une conclusion appuyée sur une source fausse tient-elle encore ?
  5. 05Pourquoi nous ouvrons chaque lien
  6. 06Ce que ça change pour une équipe de 20 à 500 personnes
  7. 07Questions fréquentes

Un rapport de plusieurs centaines de pages, payé par un gouvernement, signé par l’un des plus grands cabinets du monde, et dont certaines notes de bas de page renvoient à des articles qui n’existent pas. C’est arrivé deux fois en 2025, et les deux fois à Deloitte, qui vend du conseil, de l’audit et des services d’IA.

Il serait facile d’en rire. Ce serait passer à côté de la leçon, qui vaut pour chaque entreprise dont les équipes rédigent avec un assistant d’IA : une citation inventée ressemble exactement à une vraie, et seule une personne qui ouvre le lien fait la différence.

En bref

  • En Australie puis au Canada, deux rapports de Deloitte contenaient des références introuvables ; ces faits viennent de la presse, que nous reprenons sans avoir lu les rapports eux-mêmes.

  • Dans les deux cas, le cabinet et son client disent que les conclusions tiennent.

  • L’erreur n’est pas propre au conseil : la plupart des personnes qui utilisent l’IA au travail ne vérifient pas ses résultats.

  • La parade est une règle de fabrication, pas un outil : ouvrir chaque source, la relire, signer.

Deux rapports, deux pays, la même erreur

Les faits qui suivent sont repris d’un tiers : ils viennent de dépêches et d’articles de presse, pas des rapports eux-mêmes, que nous n’avons pas pu relire en entier. Seule la publication du plan canadien a été lue à la source, sur le site du gouvernement provincial.

En Australie, selon la dépêche de l’Associated Press reprise par Spectrum Bay News 9, un rapport de 237 pages remis au ministère de l’Emploi, pour un contrat d’environ 440 000 dollars australiens, contenait une citation inventée attribuée à un juge fédéral et des références à des travaux inexistants. Une version révisée a été publiée avec une mention d’usage d’une IA générative. Deloitte a remboursé la dernière échéance du contrat, plus de 97 000 dollars australiens selon le ministère, qui précise que ses recommandations ne changent pas.

Au Canada, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador publiait le 29 mai 2025 un plan des ressources humaines en santé rédigé par Deloitte : les besoins de 21 métiers sur dix ans, plus de 100 recommandations. En novembre, Global News et La Presse canadienne rapportaient qu’une enquête d’un média local y avait trouvé des citations introuvables. D’après Canadian HR Reporter, le rapport compte 526 pages, a coûté 1 598 485 dollars canadiens et contient au moins quatre citations vers des articles inexistants ; Deloitte a reconnu ces erreurs et maintient ses conclusions.

  1. 29 mai 2025

    La province de Terre-Neuve-et-Labrador publie le plan rédigé par Deloitte.

  2. Juillet 2025

    Le rapport australien est publié sur le site du ministère de l’Emploi.

  3. 5 octobre 2025

    La presse australienne révèle les erreurs, premier article d’une série recensée par l’OCDE.

  4. 7 octobre 2025

    L’Associated Press annonce le remboursement partiel.

  5. 24 novembre 2025

    La presse canadienne rapporte les citations introuvables du plan provincial.

L’affaire australienne figure dans le répertoire d’incidents de l’OCDE, qui recense les défaillances de systèmes d’IA signalées par la presse. Nous ne savons pas, à la date de cet article, si une version corrigée du plan canadien a été publiée.

Pourquoi une citation inventée passe inaperçue

Un modèle de langage ne cherche pas une source : il écrit la suite la plus probable d’un texte. Une note de bas de page bien formée, avec des auteurs crédibles, une revue au nom plausible et une année cohérente, est exactement ce qu’un texte savant contient d’habitude. Le modèle la produit donc avec la même assurance qu’une phrase vraie.

Comment une fausse référence arrive dans un document signé

  1. La demande

    « appuie ce paragraphe sur deux études ».

  2. La génération

    L’assistant écrit deux références au format attendu, dont une qui n’existe pas.

  3. La relecture

    On lit le paragraphe, on ne clique pas sur la note.

  4. La signature

    Le document part, avec le nom de l’entreprise dessus.

Le point faible n’est pas l’étape 2, qui se produira toujours avec certains outils et certaines demandes. C’est l’étape 3. Le chercheur qui a signalé les erreurs du rapport australien le résume d’une phrase, citée par l’Associated Press :

Il s’agit de mal citer le droit au gouvernement australien, dans un rapport sur lequel il s’appuie.

Chris Rudge, Université de Sydney, cité par l’Associated Press, traduit de l’anglais

Ce n’est pas un problème de cabinet

On aurait tort d’y voir une faute propre au conseil. Les mêmes études qui décrivent l’usage de l’IA au travail montrent que la vérification est l’exception. Les chiffres ci-dessous viennent d’une enquête financée par KPMG, qui vend de l’audit, du conseil et des services d’IA, et menée avec l’Université de Melbourne auprès de plus de 48 000 personnes dans 47 pays : ce sont des répondants, pas des entreprises.

66 %

des répondants se fient au travail à ses résultats sans en vérifier l’exactitude

56 %

disent y avoir fait des erreurs à cause d’elle

45 %

des salariés français interrogés ne vérifient pas l’exactitude des résultats

Source : KPMG et Université de Melbourne, Trust, attitudes and use of AI, 2025

Le chiffre français vient du communiqué de KPMG France. Deloitte lui-même l’écrit dans sa propre étude de janvier 2026, menée auprès de 3 235 dirigeants de 24 pays, dans des organisations qu’il décrit comme en pointe sur l’IA : 42 % jugent leur stratégie d’IA très bien préparée, et 30 % seulement leur gestion des risques et leur gouvernance (Deloitte, State of AI in the Enterprise 2026, p. 6 et 7). L’écart entre l’envie d’avancer et le contrôle de ce qui sort est général. Les deux rapports de 2025 l’ont seulement rendu visible.

Une conclusion appuyée sur une source fausse tient-elle encore ?

Dans les deux affaires, le cabinet et son client disent que les conclusions restent valables. C’est peut-être vrai. Mais la question mérite d’être posée franchement : si un argument reposait sur une étude, et que l’étude n’existe pas, alors l’argument ne repose plus sur rien de vérifiable. Il peut rester juste, par expérience ou par bon sens, mais il ne peut plus être présenté comme démontré.

Pour un dirigeant, l’enjeu est concret. Un rapport d’audit, une note au conseil d’administration, une réponse à un appel d’offres ou un article de blog engagent la signature de l’entreprise. Le jour où quelqu’un ouvre une note et ne trouve rien, ce n’est pas l’outil qu’on interroge.

Attention

La mention d’usage de l’IA est arrivée après coup

Dans l’affaire australienne, la mention d’usage d’une IA générative a été ajoutée dans la version révisée, après la découverte des erreurs. Dire dès le départ qu’un document a été préparé avec un assistant d’IA, et comment il a été vérifié, coûte une ligne. L’annoncer après coup coûte la confiance.

Pourquoi nous ouvrons chaque lien

Ce blog est écrit avec l’aide de l’IA. C’est précisément pour cela que chaque chiffre qu’il publie passe par une vérification à la source. Pour préparer cette série d’articles, notre veille du 14 octobre 2026 sur les études des grands cabinets a relevé 489 chiffres dans les publications et la presse : 278 seulement ont été retenus comme prêts à citer, lus à la source avec leur échantillon et leur commanditaire ; les autres sont soit à revérifier, soit écartés, dont 65 que nous n’avons pas pu vérifier et 30 qui se contredisent d’une source à l’autre. Parmi les écarts trouvés : un rendement « 2,5 fois » repris partout, alors que le document d’origine dit 2,3.

Nous l’avons aussi appris par l’exemple d’un client, à ses dépens : un article de blog généré décrivait trois projets immobiliers qui n’existaient pas. Il a dû être retiré du site, et l’adresse répond désormais qu’elle a disparu définitivement. Depuis, aucun article ne sort sans relecture humaine, et ceux de ce site naissent en brouillon.

  1. Ouvrir le lien.

    Une référence qu’on n’a pas ouverte n’est pas une source, c’est une promesse.

  2. Retrouver le chiffre sur la page.

    Une étude réelle peut dire autre chose que la phrase qui la cite.

  3. Noter qui a payé et qui a répondu.

    Un cabinet qui vend du conseil en IA, des grandes entreprises, des dirigeants qui déclarent : tout cela se dit dans la phrase.

  4. Dater et signer.

    Le lecteur sait quand la vérification a été faite et par qui.

Cette méthode n’a rien de technique. Elle demande du temps, et c’est ce temps que l’IA libère ailleurs. Nous la détaillons pour les contenus marketing dans notre guide pour relire, sourcer et signer un contenu écrit avec l’IA, et nous l’appliquons à la lecture des études de rentabilité dans notre analyse sur la rentabilité de l’IA.

Ce que ça change pour une équipe de 20 à 500 personnes

Une entreprise de cette taille n’a pas de service de relecture. La règle doit donc tenir dans le processus lui-même :

  • Un document qui sort porte le nom d’un relecteur, qui a ouvert les sources. Pas une validation globale, une personne.
  • Les assistants d’IA travaillent sur vos documents, pas sur leur mémoire : un assistant branché sur une base documentaire cite ce qu’il a lu, et on peut remonter à la page.
  • Les usages sont écrits : ce qu’on peut confier à l’IA, ce qui passe toujours par une personne. C’est la base de toute démarche, décrite dans notre guide pour intégrer l’IA en entreprise.

Si vous voulez savoir où l’IA peut vous faire gagner du temps sans mettre votre signature en jeu, notre Sprint Audit IA commence par l’inventaire de vos usages réels, y compris ceux que personne n’a déclarés. Et pour que l’outil approuvé coûte ce qu’il doit, notre offre IA au juste coût chiffre chaque cas d’usage.

Questions fréquentes

Deloitte a-t-il reconnu avoir utilisé l’IA ?

Pour le rapport australien, la version révisée mentionne l’usage d’une IA générative, selon l’Associated Press. Pour le plan canadien, la presse rapporte que Deloitte a reconnu les citations erronées et maintenu ses conclusions. Ces faits sont repris de la presse, pas lus dans les rapports.

Pourquoi une IA invente-t-elle des références ?

Parce qu’un modèle de langage écrit la suite la plus probable d’un texte, sans consulter de bibliothèque. Une référence bien formée est probable dans un texte savant, qu’elle existe ou non. Un assistant branché sur des documents réels limite le risque, sans le supprimer.

Comment vérifier les sources d’un document rédigé avec l’IA ?

Ouvrir chaque lien, retrouver le chiffre cité sur la page d’origine, noter qui a commandé l’étude et qui a répondu, puis dater la vérification. Une référence sans lien se cherche par son titre exact ; si on ne la trouve pas, elle sort du document.

Faut-il interdire l’IA pour rédiger des rapports ?

Non. Interdire pousse les usages dans l’ombre sans supprimer le risque. Il vaut mieux écrire qui relit, ce qui doit être vérifié, et faire porter à chaque document le nom de la personne qui a ouvert les sources. Le gain de temps reste, le risque se contrôle.

Sources

  1. La dépêche de l’Associated Press reprise par Spectrum Bay News 9 (nouvel onglet)baynews9.com
  2. Publiait le 29 mai 2025 (nouvel onglet)gov.nl.ca
  3. Global News et La Presse canadienne (nouvel onglet)globalnews.ca
  4. Canadian HR Reporter (nouvel onglet)hrreporter.com
  5. Répertoire d’incidents de l’OCDE (nouvel onglet)oecd.ai
  6. Communiqué de KPMG France (nouvel onglet)kpmg.com
  7. Deloitte, State of AI in the Enterprise 2026, p. 6 et 7 (nouvel onglet)deloitte.com
Source 1

La dépêche de l’Associated Press reprise par Spectrum Bay News 9

Lire sur baynews9.com(nouvel onglet)
Source 2

Publiait le 29 mai 2025

Lire sur gov.nl.ca(nouvel onglet)
Source 3

Global News et La Presse canadienne

Lire sur globalnews.ca(nouvel onglet)
Source 4

Canadian HR Reporter

Lire sur hrreporter.com(nouvel onglet)
Source 5

Répertoire d’incidents de l’OCDE

Lire sur oecd.ai(nouvel onglet)
Source 6

Communiqué de KPMG France

Lire sur kpmg.com(nouvel onglet)
Source 7

Deloitte, State of AI in the Enterprise 2026, p. 6 et 7

Lire sur deloitte.com(nouvel onglet)

Jim · fondateur de Brain Plus AI

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