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Une clé d’API, c’est une carte d’accès qu’un programme présente à un service pour être servi, et facturé. Dans un projet d’IA, ces cartes se multiplient vite : une par fournisseur de modèles, une par automatisation, une pour le prototype de la semaine dernière qui tourne encore. Chacune ouvre un compteur payé par l’entreprise. Volée, elle ouvre le même compteur à quelqu’un d’autre.
Ce texte de notre rubrique Infrastructure et cloud parle de ce risque sous l’angle qui fâche les directions financières : la facture. Où les clés fuient dans un projet d’IA, ce qu’une clé volée peut coûter, comment limiter les dégâts avant même la fuite, et quoi faire dans la première heure.
En bref
Les clés de services d’IA exposées publiquement ont bondi de 81 % en un an, selon GitGuardian.
Une clé volée sert à consommer des modèles à vos frais, voire à en revendre l’accès : on parle de LLMjacking.
Une clé par usage, des droits restreints et un plafond de dépense transforment une fuite coûteuse en incident borné.
Une clé qui a été visible quelque part se considère comme perdue : on la révoque, on la remplace, on vérifie ce qu’elle a servi à faire.
La meilleure clé est celle que ni le code, ni le navigateur, ni le modèle ne voient jamais.
Pourquoi les projets IA multiplient les clés exposées
Parce qu’ils vont vite et qu’ils empilent les services. Un assistant interne appelle un modèle, un moteur de recherche dans vos documents, un outil d’automatisation ; chaque brique demande sa clé, et le prototype qui devait durer une semaine part en production avec la clé collée là où elle dépannait.
Le dernier rapport de GitGuardian sur l’éparpillement des secrets mesure l’ampleur du phénomène :
secrets de services d’IA exposés
sur un an pour les secrets liés aux services d’IA
des secrets valides repérés en 2022 fonctionnaient encore quatre ans plus tard
Le dernier chiffre est le plus inquiétant : une clé qui a fuité n’est presque jamais changée. Elle reste utilisable pendant des années par quiconque l’a récupérée.
Ce qu’une clé volée coûte vraiment
Une clé de messagerie volée expose des données. Une clé de modèle d’IA volée expose aussi un budget. En mai 2024, l’équipe de recherche de Sysdig a décrit une attaque baptisée LLMjacking : des identifiants cloud volés, via une faille d’un site non mis à jour, servaient à utiliser des modèles hébergés et à en revendre l’accès, aux frais de la victime. Dans le pire des cas calculé par Sysdig, la consommation dépassait 46 000 dollars par jour.
L’OWASP, la fondation de référence en sécurité des applications, range ce risque dans son classement 2025 des risques des applications d’IA sous le nom de consommation non bornée, et lui donne un surnom parlant :
Définition
Le déni de portefeuille
Une attaque qui exploite la facturation à l’usage des services d’IA en déclenchant un volume d’appels tel que la facture devient insoutenable pour celui qui paie.
La parade que recommande l’OWASP n’a rien d’exotique : des limites de requêtes, des quotas par utilisateur, et une surveillance qui alerte sur une consommation inhabituelle. Autrement dit, des plafonds posés avant l’incident.
Où les clés fuient dans un projet IA
Quatre endroits reviennent sans cesse.
- Le code envoyé au navigateur ou à l’application mobile. Un prototype appelle le modèle directement depuis la page : la clé voyage avec, lisible par n’importe quel visiteur. Google le dit sans détour dans ses bonnes pratiques sur les clés d’API : jamais de clé dans le code client ni dans un dépôt de code, c’est le serveur qui l’ajoute à la requête.
- Le dépôt de code, historique compris : retirer la clé du fichier ne l’efface pas des versions précédentes.
- Les outils de collaboration : messageries, tickets, documents partagés. GitGuardian estime que 28 % des fuites ont lieu uniquement hors des dépôts de code.
- Les instructions et les documents donnés à un modèle : une clé qu’un agent IA lit est une clé qu’il peut répéter. Notre article sur le coffre-fort de secrets détaille comment un agent peut s’en servir sans jamais la voir.
Attention
Un client l’a appris à ses dépens
Sur son projet, des jetons d’accès avaient été écrits en clair dans des fichiers suivis par le dépôt de code. La remédiation a suivi l’ordre qui s’impose dans ce cas : révoquer chaque jeton, en créer un nouveau, le remplacer partout où il servait, puis purger l’historique du dépôt.
Limiter les dégâts avant la fuite
On ne garantit jamais qu’une clé ne fuira pas. On peut en revanche décider, à l’avance, de ce qu’elle permettra de faire le jour où elle fuira.
Une clé qui coûte cher en fuyant
Une seule clé pour tous les usages
Tous les droits du compte
Aucun plafond de dépense
Personne ne regarde la consommation
Une clé qui fuit sans ruiner personne
Une clé par usage, par projet ou par agent
Les seuls droits et services nécessaires
Un plafond mensuel et une alerte avant le plafond
Une consommation suivie, usage par usage
Concrètement :
- Une clé par usage. Le jour où l’une fuit, on la coupe sans arrêter les autres projets, et le journal dit tout de suite lequel est touché.
- Des restrictions sur chaque clé. Chez Google Cloud, par exemple, une clé peut être limitée à certains services ou à certaines applications, et Google le résume ainsi : une clé restreinte réduit l’impact d’une clé compromise. Vérifiez ce que permet chacun de vos fournisseurs.
- Des plafonds et des alertes. Un budget par usage, une alerte à 50 ou 80 % de ce budget, et un arrêt automatique au plafond quand le fournisseur le propose. Notre article sur la facture de l’IA, les tokens et le routage explique comment prévoir ce budget usage par usage.
- Le ménage régulier. Les clés que plus rien n’utilise se suppriment, et les autres se renouvellent à intervalle régulier.
- La détection à la source. Depuis février 2024, GitHub bloque par défaut l’envoi de secrets reconnus vers les dépôts publics ; GitHub disait alors avoir détecté plus d’un million de secrets divulgués sur des dépôts publics dans les huit premières semaines de l’année.
Sur le terrain
Nos propres agents IA publient du code sans jamais tenir de clé : celle-ci est ajoutée en route par la couche réseau, et n’entre jamais dans leur environnement de travail. Un agent piégé par une consigne cachée n’aurait donc aucune clé à divulguer.
Les droits d’un agent, eux, se découpent comme ceux d’un salarié : notre guide sur la gouvernance de l’IA en entreprise détaille ce découpage.
La première heure après une fuite
Quand une clé a été vue là où elle n’aurait pas dû l’être, la question n’est pas de savoir si quelqu’un l’a récupérée. On fait comme si.
La première heure après une fuite de clé
- Révoquer
La clé exposée est coupée chez le fournisseur.
- Remplacer
Une nouvelle clé, aux droits restreints, prend sa place partout où elle servait.
- Vérifier
Le journal et la facture du fournisseur disent si elle a servi, et depuis quand.
- Nettoyer
La clé sort de l’historique du code, des messages et des documents.
L’ordre compte : révoquer d’abord, même si un service s’arrête quelques minutes. Une clé encore valide pendant qu’on cherche à la remplacer proprement continue de coûter. Si des données personnelles ont pu être lues avec la clé, la question d’une notification à la CNIL se pose aussi, dans le délai de 72 heures prévu en cas de violation de données.
Par où commencer
- Listez vos clés d’IA
Fournisseur, usage, personne responsable, date de création.
- Supprimez celles que plus rien n’utilise
Et changez celles qui ont circulé par messagerie ou dans du code.
- Séparez les usages
Une clé par projet ou par agent, avec ses seuls droits.
- Posez un plafond et une alerte
Sur chaque compte de fournisseur de modèles.
- Écrivez la procédure de la première heure
Avec le nom de qui a le droit de révoquer.
Les clés des programmes relèvent d’un coffre de secrets ; les mots de passe des personnes, d’un gestionnaire de mots de passe d’équipe. Les deux font partie du socle d’infrastructure commun à vos projets. Le reste de la rubrique couvre les décisions voisines : les cinq postes qui gonflent une facture cloud, serveur dédié, VPS ou cloud, Kubernetes et les PME, la supervision, le plan de reprise après sinistre, NIS2 en France, les sauvegardes d’un serveur à soi, n8n auto-hébergé en production, les outils à sortir du SaaS en premier, le coût d’une sortie du SaaS sur trois ans, la migration cloud sans tout casser, la dépendance au cloud américain, le matériel pour faire tourner un modèle d’IA chez soi, Postgres géré ou à soi et le choix d’une messagerie d’entreprise.
Pour un coffre à votre nom que vos IA utilisent sans voir les clés, voyez notre Coffre-fort IA ; pour des plafonds par usage et un budget suivi, l’IA au juste coût ; pour héberger ces outils chez vous, notre offre de sortie du SaaS.
Questions fréquentes
Comment savoir si une de nos clés d’API a été volée ?
Regardez la consommation chez le fournisseur : une hausse brutale, des appels la nuit, des modèles que vous n’utilisez pas ou des régions inhabituelles sont les signes les plus fréquents. Une alerte de dépense posée à l’avance le dit plus tôt que la facture. Une clé repérée dans du code public ou un message partagé se traite comme volée, même sans signe d’usage.
Qui paie la facture si une clé d’IA est utilisée par un attaquant ?
En pratique, la facture est adressée au titulaire du compte, puisque c’est sa clé qui a authentifié les appels. Un geste commercial se négocie parfois, sans aucune garantie. D’où l’intérêt des plafonds de dépense : ils bornent la perte, quelle que soit l’issue de la discussion.
Peut-on mettre une clé d’API dans une application mobile ou un site ?
Non. Tout ce qui part vers le navigateur ou le téléphone peut être lu par l’utilisateur, même caché ou compilé. L’application appelle votre serveur, qui ajoute la clé et transmet la requête au fournisseur, en appliquant au passage ses propres limites par utilisateur. C’est aussi ce que recommande Google dans ses bonnes pratiques.
Faut-il changer ses clés régulièrement si rien n’a fuité ?
Oui, à un rythme raisonnable, et immédiatement au départ d’une personne ou d’un prestataire qui y avait accès. Le renouvellement régulier limite la durée de vie d’une clé qui aurait fuité sans qu’on le sache. Il n’est indolore que si chaque clé est rangée à un seul endroit qui alimente tous les outils.
Sources
- Sysdig, LLMjacking: Stolen Cloud Credentials Used in New AI Attack, mai 2024 (nouvel onglet)sysdig.com
- OWASP, LLM10:2025 Unbounded Consumption (nouvel onglet)genai.owasp.org
- Google Cloud, Best practices for managing API keys (nouvel onglet)docs.cloud.google.com
- GitHub, Keeping secrets out of public repositories, février 2024 (nouvel onglet)github.blog
- CNIL, mots de passe : une nouvelle recommandation, octobre 2022 (nouvel onglet)cnil.fr
Sysdig, LLMjacking: Stolen Cloud Credentials Used in New AI Attack, mai 2024
Lire sur sysdig.com(nouvel onglet)Google Cloud, Best practices for managing API keys
Lire sur docs.cloud.google.com(nouvel onglet)GitHub, Keeping secrets out of public repositories, février 2024
Lire sur github.blog(nouvel onglet)CNIL, mots de passe : une nouvelle recommandation, octobre 2022
Lire sur cnil.fr(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
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