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Quand un mot de passe est oublié, presque tous les outils de l’entreprise proposent la même chose : un lien de réinitialisation envoyé par e-mail. La messagerie est donc l’outil qui ouvre tous les autres, et celui qui conserve des années de contrats, de devis et d’échanges avec les clients. La choisir mérite mieux qu’un réflexe.
Ce guide de notre rubrique Infrastructure et cloud compare les trois grandes options d’une entreprise de 20 à 500 personnes : Google Workspace, Microsoft 365 et les hébergeurs européens. Il ne désigne pas de gagnant : chacune répond à des priorités différentes, et la bonne dépend des vôtres.
En bref
On ne choisit pas une boîte aux lettres mais une suite : agenda, documents, visioconférence et annuaire viennent avec.
Microsoft et Google proposent désormais de garder les données en Europe, avec des conditions et des limites à lire.
Les hébergeurs européens répondent à la question du droit applicable, avec des suites plus ou moins complètes.
Quel que soit le fournisseur, l’authentification du domaine (SPF, DKIM, DMARC) décide si vos messages arrivent.
Le nom de domaine reste à vous : c’est lui qui permet de changer de fournisseur sans changer d’adresse.
Ce que vous choisissez vraiment : une suite, pas une boîte
Google Workspace et Microsoft 365 vendent bien plus qu’une messagerie : un agenda partagé, un traitement de texte et un tableur collaboratifs, la visioconférence, le stockage de fichiers et l’annuaire des comptes de l’entreprise. Changer de messagerie, c’est souvent changer tout cela, et les habitudes de toute l’équipe avec.
Les hébergeurs européens couvrent un spectre plus large : certains vendent la boîte seule, d’autres une suite complète avec agenda, documents et visioconférence. Proton, Infomaniak, OVHcloud, mailbox.org ou IONOS, entre autres, se comparent sur ce périmètre avant de se comparer sur le prix.
La première question est donc : de quoi votre équipe se sert-elle chaque jour, en plus des e-mails ? Une équipe qui vit dans les tableurs partagés et la visioconférence n’arbitre pas comme une équipe qui n’utilise que la boîte et l’agenda.
Où vivent les données, et quel droit s’y applique
Deux questions se mêlent souvent : où les données sont stockées, et quel droit peut obliger le fournisseur à les communiquer. Les deux grands fournisseurs américains ont avancé sur la première.
- Microsoft a annoncé le 26 février 2025 l’achèvement de sa « frontière de données européenne » : pour ses services principaux, dont Microsoft 365, les données des clients professionnels sont stockées et traitées dans l’Union européenne et l’AELE. Microsoft précise que des données essentielles peuvent être transférées hors de cette zone pour répondre à un incident de sécurité mondial.
- Google permet de choisir une région de données pour stocker les données couvertes de Workspace en Europe. L’option n’est pas incluse dans l’édition Business Starter : elle commence à Business Standard, et le traitement des données n’y entre qu’avec les éditions les plus complètes.
La seconde question, celle du droit applicable aux fournisseurs américains quel que soit l’emplacement des serveurs, est traitée dans notre article sur la dépendance au cloud américain. C’est elle qui pousse certaines entreprises vers un hébergeur européen, en particulier quand leurs clients le demandent par contrat.
À retenir
Stocker en Europe et relever du seul droit européen sont deux garanties différentes. Demandez-vous laquelle vos clients, vos contrats ou votre secteur exigent vraiment.
Ce qui fait arriver vos e-mails : l’authentification du domaine
Un e-mail parti n’est pas un e-mail reçu. Les grandes messageries vérifient que le message vient bien d’un serveur autorisé par votre domaine, et classent en indésirables, ou refusent, ce qui échoue.
Ce que vérifie la messagerie qui reçoit votre e-mail
- SPF
Le serveur qui envoie est-il autorisé par le domaine ?
- DKIM
Le message porte-t-il une signature valide du domaine ?
- DMARC
Que faire d’un message qui échoue à ces contrôles, et à qui le signaler ?
Depuis le 1er février 2024, Google a fixé des exigences précises pour écrire à une adresse Gmail :
les expéditeurs doivent authentifier leur domaine par SPF ou DKIM
messages par jour vers Gmail : au-delà, SPF, DKIM et DMARC sont exigés ensemble
de taux de spam signalé à ne pas dépasser
Ces réglages ne dépendent pas du fournisseur choisi : ils se posent dans les enregistrements du nom de domaine, pour la messagerie comme pour chaque outil qui envoie en votre nom (logiciel de campagnes, CRM, facturation, formulaire du site).
Sur le terrain
Sur Palmora Property, un portail immobilier que nous opérons, la leçon retenue tient en une phrase : sans authentification du domaine, une politique DMARC stricte détruit toute campagne. On authentifie d’abord chaque outil qui envoie, on durcit ensuite. Sur notre propre site, chaque demande de contact est enregistrée avant l’envoi de l’e-mail de notification, par un service d’envoi distinct de nos boîtes : si l’envoi échoue, la demande reste.
Pour les campagnes elles-mêmes, notre guide pour faire un emailing reprend ces réglages étape par étape.
Et héberger sa messagerie soi-même ?
C’est possible, avec des logiciels libres éprouvés, mais c’est le service le plus exigeant à auto-héberger. Les exigences de Google suffisent à le montrer : enregistrements DNS inverses valides, chiffrement des échanges, authentification, taux de spam surveillé. Il faut aussi la réputation de l’adresse du serveur, qui se construit lentement et se perd vite.
Pour la plupart des entreprises, le bon partage est clair : les boîtes chez un fournisseur, européen ou non, et les autres outils (CRM, automatisation, statistiques) sur un serveur à soi quand cela se justifie. Notre article sur les outils à sortir du SaaS en premier détaille cet ordre de priorité.
Les critères pour choisir
- Le périmètre
Boîte seule, ou suite complète avec agenda, documents et visioconférence.
- Les données
Où elles sont stockées, quel droit s’applique au fournisseur, ce que disent vos contrats clients.
- L’administration
Double authentification imposable à tous, départ d’un salarié en un geste, journal des connexions.
- La sortie
Export complet des boîtes et des documents, dans un format standard, sans frais cachés.
- Le prix
Par utilisateur et par mois, avec la durée d’engagement et les options qui le font monter.
Le départ d’un salarié mérite un test réel avant de signer : désactiver un compte doit couper la messagerie, les documents partagés et les accès qui en dépendent. Notre guide sur le gestionnaire de mots de passe d’équipe complète ce geste pour les accès qui ne passent pas par la messagerie.
La messagerie fait partie du socle d’infrastructure commun à vos projets. Le reste de la rubrique couvre les décisions voisines : les cinq postes qui gonflent une facture cloud, serveur dédié, VPS ou cloud, Kubernetes et les PME, la supervision, le plan de reprise après sinistre, NIS2 en France, les sauvegardes d’un serveur à soi, n8n auto-hébergé en production, le coût d’une sortie du SaaS sur trois ans, la migration cloud sans tout casser, les clés d’API volées, le matériel pour faire tourner un modèle d’IA chez soi et Postgres géré ou à soi.
Pour les outils qui ont leur place sur votre propre serveur, à côté de la messagerie, voyez notre offre de sortie du SaaS. Pour un avis sur une migration de messagerie, décrivez-nous votre situation.
Questions fréquentes
Peut-on garder ses adresses e-mail en changeant de fournisseur ?
Oui, si le nom de domaine est enregistré au nom de l’entreprise. Les adresses dépendent du domaine, pas du fournisseur : on crée les boîtes chez le nouveau, on importe l’historique, puis on fait pointer les enregistrements de messagerie du domaine vers lui. La bascule se prépare pour ne perdre aucun message pendant la transition.
Les données de Microsoft 365 restent-elles en Europe ?
Pour les services principaux, Microsoft s’est engagé à stocker et traiter les données des clients professionnels dans l’Union européenne et l’AELE depuis l’achèvement de sa frontière de données en février 2025. Microsoft prévoit des exceptions, notamment pour répondre à un incident de sécurité mondial. La question du droit américain applicable au fournisseur reste distincte.
SPF, DKIM et DMARC sont-ils obligatoires ?
Pour écrire à des adresses Gmail, Google exige depuis février 2024 au moins SPF ou DKIM de tous les expéditeurs, et les trois au-delà de 5 000 messages par jour. Microsoft a annoncé en avril 2025 des exigences comparables pour les gros expéditeurs vers ses messageries grand public. Même sous ces seuils, ces réglages réduisent le risque qu’un tiers envoie des messages en se faisant passer pour vous.
Faut-il héberger sa messagerie sur son propre serveur ?
Rarement. C’est le service le plus délicat à auto-héberger : la remise des messages dépend de la réputation du serveur, de réglages DNS précis et d’une surveillance constante. La plupart des entreprises gagnent à confier leurs boîtes à un fournisseur, européen ou non, et à garder pour leur propre serveur les outils où l’auto-hébergement apporte davantage.
Sources
- Microsoft, EU Data Boundary, février 2025 (nouvel onglet)blogs.microsoft.com
- Google Workspace, choisir l’emplacement géographique de vos données (nouvel onglet)knowledge.workspace.google.com
- Google, Email sender guidelines (nouvel onglet)support.google.com
- Microsoft, Outlook’s new requirements for high-volume senders, avril 2025 (nouvel onglet)techcommunity.microsoft.com
Google Workspace, choisir l’emplacement géographique de vos données
Lire sur knowledge.workspace.google.com(nouvel onglet)Microsoft, Outlook’s new requirements for high-volume senders, avril 2025
Lire sur techcommunity.microsoft.com(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
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