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« Faut-il passer au cloud ? » La question est souvent posée comme un choix de société, alors qu’elle se règle usage par usage. Un serveur dédié, un VPS et le cloud ne sont pas trois niveaux de modernité : ce sont trois façons de payer et d’exploiter la même chose, de la puissance de calcul, avec des forces différentes. Les bonnes réponses dépendent de la forme de votre charge, de vos données et des personnes qui vont faire tourner l’ensemble.
Cet article de notre rubrique Infrastructure et cloud pose les différences, les quatre questions qui tranchent, et ce que nous faisons nous-mêmes.
En bref
Un serveur dédié est une machine entière louée ; un VPS, une part de machine virtualisée ; le cloud, des ressources à la demande payées à l’usage.
Le prix fixe gagne sur une charge stable ; le paiement à l’usage, sur une charge qui varie fort ou sur des services gérés qu’on ne veut pas maintenir.
Dans les trois cas, quelqu’un exploite : seule la répartition du travail change.
Combiner est souvent la bonne réponse : les outils de gestion sur un serveur, les projets à pics dans le cloud, avec les mêmes règles partout.
Ce qui distingue vraiment les trois
Les trois offres vendent de la puissance de calcul, de la mémoire et du stockage. Elles diffèrent par ce que vous louez, comment vous payez, et ce qui reste à votre charge.
- Le serveur dédié. Une machine physique entière, pour vous seul. Ses ressources sont garanties et son prix est fixe au mois. Changer de taille veut dire changer de machine.
- Le VPS (serveur privé virtuel). Une part d’une machine physique, découpée par virtualisation, avec des ressources réservées et un prix fixe. Plus petit et moins cher qu’un dédié, il se redimensionne en général plus facilement.
- Le cloud. Un catalogue de ressources et de services créés et supprimés à la demande, facturés à l’usage.
Définition
Le cloud, selon le NIST
Un modèle qui permet d’accéder à la demande, par le réseau, à un ensemble partagé de ressources informatiques configurables, qu’on peut provisionner et libérer rapidement avec un effort de gestion minimal. C’est la définition de la publication SP 800-145 du NIST, que nous traduisons.
Ce qui fait la différence n’est donc pas la technologie (beaucoup de fournisseurs de cloud vendent aussi des VPS), mais l’élasticité et le mode de paiement. Le cloud permet de doubler la capacité pour une heure et de ne payer que cette heure. Un serveur à prix fixe coûte la même chose, qu’il tourne à 5 % ou à 95 %.
Prix fixe : dédié ou VPS
La facture est connue d’avance, quel que soit l’usage
Le volume de trafic compris est fixé par l’offre, lisez-le
Une montée en charge demande de changer de machine
Le système, les mises à jour et les sauvegardes sont à votre charge
Paiement à l’usage : le cloud
La facture suit la consommation, à la hausse comme à la baisse
La capacité s’ajoute et se retire en minutes
Des services gérés (bases de données, files, stockage) évitent de les maintenir soi-même
La facture se pilote, sinon elle dérive
Les quatre questions qui tranchent
Pour chaque usage, quatre questions, dans cet ordre.
- La charge est-elle stable ou en pics ?
Un CRM, un outil d’automatisation, un intranet tournent à peu près de la même façon toute l’année : le prix fixe leur va bien. Une campagne, une application dont l’audience double en une soirée, un traitement lourd une fois par mois profitent de l’élasticité.
- Que contiennent les données ?
Données de santé, données personnelles en volume, secrets industriels : elles décident souvent du lieu et de la juridiction avant tout le reste.
- Qui va l’exploiter ?
Un serveur demande de savoir maintenir un système ; le cloud, de connaître la console, les droits et la facturation de son fournisseur. Choisissez ce que quelqu’un, chez vous ou chez un prestataire, saura encore faire dans deux ans.
- Combien sur trois ans ?
Pas le prix du premier mois : le coût complet, heures d’exploitation comprises, comparé usage par usage.
La quatrième question est celle qui surprend le plus. Le cloud est imbattable pour démarrer petit et pour absorber l’imprévu ; sur une charge stable et connue, le prix fixe rattrape souvent l’écart. Les postes qui font gonfler une facture à l’usage sont détaillés dans les cinq postes qui gonflent la facture cloud.
Ce que montre une sortie du cloud très documentée
L’éditeur de logiciels 37signals, qui exploite Basecamp et HEY, a rapatrié ses applications d’AWS vers ses propres machines en 2023, et publie ses chiffres. Sur la page qu’il consacre à cette sortie, il annonce une économie d’environ 10 millions de dollars sur cinq ans, soit une baisse de la moitié aux deux tiers de ses coûts d’infrastructure, sans embaucher personne de plus pour l’exploitation.
Quitter le cloud nous fera économiser environ 10 millions de dollars sur cinq ans.
Ce cas dit une chose précise, pas une règle générale : une entreprise dont la charge est stable et connue, et qui a déjà des personnes capables d’exploiter des machines, peut payer nettement moins cher en dehors du cloud. Une entreprise dont la charge varie fort, ou qui n’a personne pour maintenir un système, ne retrouvera pas forcément ce calcul. Le titre de la page le dit lui-même : le cloud n’est pas fait pour tout le monde, ce qui n’en fait pas un mauvais choix pour les autres.
Dans les trois cas, quelqu’un exploite
Aucune des trois options ne supprime le travail d’exploitation, elles le répartissent autrement :
- sur un serveur dédié ou un VPS, vous gérez le système, les mises à jour, la sécurité, les sauvegardes et la surveillance ; le fournisseur gère le matériel et le réseau ;
- dans le cloud, le fournisseur gère davantage de couches, mais il reste à configurer les droits, le réseau, les sauvegardes et la facture, et à comprendre des services qui changent souvent.
C’est pourquoi le choix dépend autant des compétences disponibles que de la technique. Un administrateur système qui connaît bien Linux exploitera un serveur sereinement ; une équipe habituée à un grand fournisseur sera plus à l’aise avec ses services gérés. Les deux métiers restent nécessaires, et le pire choix est celui que personne ne saura tenir. La surveillance, en particulier, ne disparaît jamais : nous détaillons ce qu’elle doit couvrir dans savoir qu’un service tombe avant les clients.
Ce que nous faisons nous-mêmes
Nous combinons, et chaque choix a sa raison.
Sur le terrain
Nos outils de gestion tournent sur un VPS unique : une douzaine de services, dont le CRM Twenty, l’automatisation n8n et les statistiques Matomo, pour cinq entreprises clientes. La charge est stable, le prix est fixe, et nous savons l’exploiter. Ce site, lui, est un ensemble de fichiers statiques servis depuis le réseau mondial de Cloudflare : le volume de visites peut varier sans que nous ayons de machine à dimensionner. Sur Palmora Property, un portail immobilier que nous opérons, nous avons fait le chemin inverse pour une partie du travail : des automatisations facturées à la minute dans un service d’intégration continue ont été rapatriées sur un serveur dédié, où leur coût ne dépend plus de leur durée.
Le revers d’un serveur unique est connu : s’il tombe, tout tombe. Nous le compensons par des sauvegardes hors du serveur, des restaurations testées et un plan de reprise écrit, que nous détaillons dans le plan de reprise après sinistre. Au-delà d’un certain niveau d’exigence de disponibilité, la réponse devient un second serveur, ou un orchestrateur, ce qui change le coût et la complexité : c’est l’objet de Kubernetes : quand une PME n’en a pas besoin.
Combiner sans multiplier les règles
Le risque d’un montage mixte n’est pas technique : c’est d’avoir deux façons de gérer les accès, deux politiques de sauvegarde et deux factures que personne ne relie. La réponse est un socle unique de règles (accès nominatifs, sauvegardes testées, budgets, documentation), appliqué partout où vos services tournent. C’est ce que décrit notre guide du socle d’infrastructure cloud.
Pour déplacer un service d’un mode à l’autre sans interruption, la méthode est dans la migration cloud sans tout casser. La question de la juridiction du fournisseur est traitée dans la dépendance de l’Europe au cloud américain, et celle des obligations à venir dans ce que NIS2 demandera aux entreprises françaises.
Par où commencer
Listez vos usages, un par ligne, et pour chacun répondez aux quatre questions. Les outils internes à charge stable, qui coûtent aujourd’hui un abonnement par utilisateur, sont souvent les premiers candidats à un serveur à prix fixe : notre guide des outils à sortir du SaaS en premier propose un ordre, le calcul du coût sur trois ans la méthode, et n8n auto-hébergé en production un exemple concret. Pour ce qui reste sur un serveur, n’oubliez pas les sauvegardes et ce qui casse vraiment.
Si vous voulez vos outils de gestion sur un serveur à vous, notre sortie du SaaS les installe en trois semaines, sauvegardes testées et documentation comprises. Si votre projet a plutôt sa place chez un grand fournisseur ou dans un cloud européen, décrivez-le-nous : nous vous dirons ce qu’il faut y poser.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un VPS et un serveur dédié ?
Un serveur dédié est une machine physique entière, réservée à un seul client. Un VPS est une part d’une machine physique, découpée par virtualisation, avec des ressources réservées. Le VPS coûte moins cher et se redimensionne plus facilement ; le dédié offre toute la puissance de la machine. Dans les deux cas, le prix est fixe et l’exploitation du système vous revient.
Le cloud est-il toujours plus cher qu’un serveur ?
Non. Pour démarrer petit, absorber des pics ou utiliser des services gérés sans les maintenir, il est souvent moins cher et plus simple. Sur une charge stable qui tourne jour et nuit, un serveur à prix fixe revient souvent moins cher sur trois ans. La comparaison se fait usage par usage, heures d’exploitation comprises, jamais sur le seul prix du premier mois.
Un VPS suffit-il pour une entreprise de 50 personnes ?
Pour des outils internes comme un CRM, un outil d’automatisation ou des statistiques web, souvent oui : la charge reste modeste et stable. La vraie question est la disponibilité attendue. Un serveur unique s’arrête s’il tombe ; il faut donc des sauvegardes hors serveur, une restauration testée et un plan de reprise écrit, ou un second serveur si l’arrêt n’est pas acceptable.
Peut-on combiner serveur et cloud ?
Oui, et c’est fréquent : les outils de gestion sur un serveur à prix fixe, les projets à pics ou les services gérés chez un fournisseur de cloud. La condition est d’appliquer partout les mêmes règles d’accès, de sauvegarde, de budget et de documentation, pour ne pas gérer deux infrastructures qui s’ignorent.
Sources
- NIST, SP 800-145, The NIST Definition of Cloud Computing, septembre 2011 (nouvel onglet)csrc.nist.gov
- 37signals, Cloud Computing Isn’t For Everyone (nouvel onglet)basecamp.com
NIST, SP 800-145, The NIST Definition of Cloud Computing, septembre 2011
Lire sur csrc.nist.gov(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
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