Sites, migration et Astro 7 min

Accessibilité d'un site : ce que change l'obligation de 2025

Depuis le 28 juin 2025, l'Acte européen sur l'accessibilité impose que certains services fournis aux particuliers, dont le commerce en ligne, la banque et le transport de voyageurs, soient utilisables par les personnes handicapées. Les microentreprises de services en sont exemptées, et un site vitrine qui ne vend rien en ligne à des particuliers n'est pas visé par ce texte.

Sommaire6
  1. 01Ce que dit le texte, et depuis quand
  2. 02Qui est concerné, qui ne l’est pas
  3. 03Ce que « accessible » veut dire pour un site
  4. 04Pourquoi le faire même sans y être tenu
  5. 05Ce qu’un site statique change, et ce qu’il ne change pas
  6. 06Questions fréquentes

« Depuis 2025, tous les sites doivent être accessibles. » La phrase circule, et elle est fausse dans les deux sens : l’obligation européenne ne vise pas tous les sites, mais elle vise bien plus d’entreprises qu’on ne le croit parmi celles qui vendent en ligne. Cet article s’en tient au texte de la directive, cite ce qu’il dit, et sépare ce qui est obligatoire de ce qui est simplement utile. Il ne remplace pas l’avis d’un juriste sur votre cas ; il vous dit quelle question lui poser.

En bref

  • La directive (UE) 2019/882, dite Acte européen sur l’accessibilité, s’applique depuis le 28 juin 2025.

  • Pour le web, elle vise des services fournis à des particuliers : commerce en ligne, banque, transport de voyageurs, communications électroniques, médias audiovisuels, livres numériques.

  • Les microentreprises de services (moins de 10 personnes et au plus 2 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan) sont exemptées.

  • Un site vitrine qui ne vend rien en ligne à des particuliers n’est pas visé par ce texte ; l’accessibilité y reste un gain pour tous les visiteurs.

Ce que dit le texte, et depuis quand

La directive (UE) 2019/882 fixe des exigences d’accessibilité pour une liste de produits et de services jugés essentiels. Comme toute directive, elle a été transposée dans chaque pays ; en France, elle l’a été dans le code de la consommation par un décret du 9 octobre 2023.

  1. 17 avril 2019

    Adoption de la directive.

  2. 28 juin 2022

    Date limite de transposition dans le droit de chaque État.

  3. 28 juin 2025

    Les règles s’appliquent aux produits mis sur le marché et aux services fournis à partir de cette date.

  4. 28 juin 2030

    Fin de la période transitoire pour les produits déjà utilisés pour fournir un service, et au plus tard pour les contrats de service signés avant juin 2025.

La période transitoire est souvent mal comprise. Elle permet de continuer à utiliser des produits déjà employés pour fournir le service (un terminal, par exemple), et laisse courir les contrats de service conclus avant le 28 juin 2025, au plus cinq ans. Elle ne dit pas qu’un site marchand en ligne a jusqu’en 2030 pour devenir accessible : ne bâtissez pas un calendrier sur cette lecture sans l’avoir fait valider.

Qui est concerné, qui ne l’est pas

La directive vise, à son article 2, des services fournis à des consommateurs, c’est-à-dire des personnes physiques qui agissent hors de leur activité professionnelle. Le commerce électronique y est défini comme un service fourni à distance, par un site ou une application, à la demande d’un consommateur et en vue de conclure un contrat avec lui.

Visés par le texte

  • Une boutique en ligne qui vend à des particuliers

  • Un site ou une application de réservation de transport de voyageurs

  • Les services bancaires aux particuliers, en ligne compris

  • Les livres numériques et leurs logiciels de lecture

Pas visés par ce texte

  • Une microentreprise de services : moins de 10 personnes, et au plus 2 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan

  • Un site vitrine qui présente une offre sans rien vendre en ligne aux particuliers

  • Une boutique réservée aux professionnels

  • Les archives non modifiées depuis le 28 juin 2025, et les contenus de tiers que l’entreprise ne finance ni ne contrôle

Deux conséquences pratiques. D’abord, l’exemption tient à la taille, pas au secteur : une boutique en ligne de quinze personnes qui vend à des particuliers est concernée, même modeste. Les entreprises de 20 à 500 personnes que nous accompagnons ne sont pas des microentreprises : si elles vendent en ligne à des particuliers, le texte les vise. Ensuite, une entreprise B2B qui ajoute un jour un paiement en ligne ouvert aux particuliers change de catégorie avec ce seul bouton.

D’autres règles existent à côté, pour le secteur public notamment. Elles ne sont pas l’objet de cet article.

Ce que « accessible » veut dire pour un site

La directive ne cite pas de liste de critères techniques ; elle demande, à son annexe I, que les sites et applications soient rendus accessibles de manière cohérente et adéquate, en étant perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes. Elle cite aussi des points concrets : du texte d’une taille et d’un contraste suffisants, et une alternative à tout contenu qui n’est pas du texte.

En pratique, la référence technique est la norme européenne EN 301 549, qui suit de près les règles internationales WCAG. Le guide web de la Commission européenne fixe ainsi pour ses propres sites le niveau WCAG 2.1 AA. Pour un dirigeant, ces quatre mots se traduisent en questions simples :

  • Perceptible : une image a-t-elle un texte qui la décrit ? Une vidéo a-t-elle des sous-titres ? Le texte se lit-il sur son fond ?
  • Utilisable : peut-on tout faire au clavier, sans souris ? Un menu, une galerie, un formulaire ?
  • Compréhensible : un champ de formulaire dit-il ce qu’il attend, et une erreur dit-elle comment la corriger ?
  • Robuste : un lecteur d’écran annonce-t-il correctement chaque bouton et chaque titre ?

Le texte ajoute une obligation d’information : l’entreprise explique, dans ses conditions générales ou un document équivalent, comment son service répond aux exigences, sous une forme elle-même accessible. Et quand un service n’est pas conforme, elle le corrige et en informe les autorités du pays concerné.

Sur le terrain

Un formulaire impossible à remplir au clavier

Un client l’a appris à ses dépens : sur Palmora Property, un portail d’annonces immobilières, la galerie de photos interceptait les flèches du clavier, et le formulaire de contact ne pouvait pas être rempli au clavier sur les pages d’annonce. La mise en conformité s’y est faite en deux vagues, avec des tests au lecteur d’écran et au zoom.

Pourquoi le faire même sans y être tenu

L’accessibilité ne sert pas seulement les personnes handicapées. Un formulaire bien étiqueté se remplit plus vite sur un téléphone, un texte bien contrasté se lit en plein soleil, une page qui ne bouge pas sous le doigt évite les clics ratés. Plusieurs de ces critères recoupent ceux de la vitesse (voir les Core Web Vitals expliqués à un dirigeant). Et une page structurée par de vrais titres, des images décrites et des boutons nommés est aussi plus facile à lire pour les programmes qui parcourent le web.

Le moment le moins cher pour s’y mettre est la construction ou la refonte : chaque gabarit corrigé corrige toutes les pages qui l’utilisent. C’est l’un des postes à inscrire dans un devis (voir ce que coûte un site d’entreprise), et l’une des vérifications du tri des pages avant une refonte.

Ce qu’un site statique change, et ce qu’il ne change pas

Un site statique ne rend pas un site accessible par magie : un bouton sans nom reste un bouton sans nom. Mais il aide de trois façons, comme l’explique notre guide de la migration vers Astro. Le HTML est produit par des composants que l’on corrige une fois pour tout le site. Des contrôles automatiques peuvent refuser une image sans texte alternatif ou une page sans titre avant la mise en ligne. Et le site ne dépend plus d’extensions dont chacune ajoute son propre balisage, comme sur un WordPress qu’il faut surveiller.

Les éléments interactifs demandent la même attention qu’ailleurs : formulaires et recherche se testent au clavier et au lecteur d’écran, et l’éditeur d’un site headless avec Sanity peut rendre le texte alternatif obligatoire à la saisie. L’hébergement, lui, ne change rien à l’accessibilité (voir notre comparatif d’hébergement). Si vos textes alternatifs ou vos sous-titres sont produits par une IA, ils se relisent comme le reste, et la question de le dire se pose aussi.

Un site vitrine ou une migration vers un site statique sont les bons moments pour poser ces fondations, gabarit par gabarit.

Questions fréquentes

Mon site vitrine B2B est-il concerné par l’Acte européen sur l’accessibilité ?

S’il présente vos offres sans rien vendre en ligne à des particuliers, ce texte ne le vise pas : il couvre des services fournis à des consommateurs, comme le commerce électronique. Vérifiez toutefois votre secteur (banque, transport) et les autres règles qui pourraient s’appliquer, et rendez le site accessible quand même : vos visiteurs en profitent tous.

Une petite boutique en ligne est-elle exemptée ?

Seulement si c’est une microentreprise : moins de 10 personnes et au plus 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel ou de total de bilan. Au-delà, une boutique qui vend à des particuliers est visée depuis le 28 juin 2025, quelle que soit sa taille. La directive prévoit aussi une exception pour charge disproportionnée, qui doit être évaluée et documentée.

Les sites existants ont-ils jusqu’en 2030 ?

La période transitoire jusqu’en 2030 vise les produits déjà utilisés pour fournir un service et les contrats signés avant juin 2025. Elle n’accorde pas de délai général aux sites marchands. Si votre calendrier repose sur cette date, faites valider la lecture par un juriste avant de décaler les travaux.

Un module d’accessibilité ajouté au site suffit-il ?

Le texte demande que le service lui-même soit perceptible, utilisable, compréhensible et robuste. Un module ajouté par-dessus ne corrige pas un formulaire sans étiquettes ni une galerie qui bloque le clavier. La seule preuve qui compte est un test du site réel, au clavier, au lecteur d’écran et au zoom.

Sources

  1. EUR-Lex, directive (UE) 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité (nouvel onglet)eur-lex.europa.eu
  2. Commission européenne, Europa Web Guide, accessibilité (nouvel onglet)commission.europa.eu
Source 1

EUR-Lex, directive (UE) 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité

Lire sur eur-lex.europa.eu(nouvel onglet)
Source 2

Commission européenne, Europa Web Guide, accessibilité

Lire sur commission.europa.eu(nouvel onglet)

Jim · fondateur de Brain Plus AI

À lire aussi en sites, migration et astro

  • Comprendre9 min Le guide du sujet

    Migrer vers un site statique avec Astro sans perdre son SEO

    Un site statique généré par Astro remplace un WordPress ou un Drupal vieillissant sans changer d'adresses : des pages en HTML pur servies par un CDN, aucun plugin à patcher, et une chaîne de publication avec retour arrière. Ce que ça change, comment on migre, et quand il ne faut pas le faire.

  • Comprendre7 min

    Vitesse d'un site : les Core Web Vitals pour un dirigeant

    Trois mesures de Google disent si votre site paraît rapide à ceux qui le visitent vraiment. Ce qu'elles mesurent, ce que Google en fait, ce que la lenteur coûte en demandes, et les décisions qui reviennent au dirigeant.

  • Guide pratique7 min

    Refonte de site : les pages à garder, fusionner, supprimer

    Une refonte qui commence par le design finit souvent par perdre des pages qui rapportaient. Trier l'existant d'abord, page par page et sur des données, garde ce que le site a gagné en dix ans.

WhatsApp