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« Notre site doit être hébergé en Europe. » La demande revient souvent, et elle est légitime. Elle mélange pourtant deux questions qui ne se règlent pas de la même façon : où sont stockées les données personnelles des visiteurs, une question de conformité, et d’où sont servies les pages, une question de vitesse. Un site statique a l’avantage de les séparer nettement. Cet article les reprend une par une. Si votre site actuel exécute encore du code à chaque visite, notre guide de la migration vers un site statique avec Astro explique ce que ce changement simplifie.
En bref
Le RGPD n’impose pas d’héberger en Europe : il encadre les transferts de données personnelles hors de l’Union.
Le cadre qui autorise aujourd’hui les transferts vers les États-Unis a été validé en 2025, mais il fait l’objet d’un pourvoi, et ses deux prédécesseurs ont été annulés.
Sur un site statique, les pages ne contiennent aucune donnée personnelle : tout se joue au formulaire, à la mesure d’audience et aux ressources tierces.
La vitesse dépend de la distance entre le visiteur et le serveur : un réseau de diffusion la règle, en Europe comme ailleurs.
Choisir un hébergeur, c’est demander où sont les données, sous quel droit il opère, et comment on en sort.
Deux questions, pas une
La conformité : où vont les données personnelles
Les demandes reçues par le formulaire
Les adresses IP lues par la mesure d’audience et les ressources tierces
Les journaux de l’hébergeur et du réseau de diffusion
Le CRM et les sauvegardes où les demandes finissent
La performance : d’où partent les pages
La distance entre le visiteur et le serveur
Le nombre de points d’où les fichiers sont servis
Le poids des pages et le nombre de requêtes
Ce qui s’exécute, ou non, à chaque visite
Un site qui fabrique ses pages à chaque visite mélange les deux : la base de données qui contient les pages contient aussi les comptes, les commentaires et souvent les demandes. Un site statique sépare : les pages sont des fichiers sans aucune donnée personnelle, qui peuvent être servis de n’importe où, et les données n’existent qu’aux quelques endroits où un visiteur agit.
Ce que dit le droit
Le RGPD ne contient aucune obligation d’héberger en Europe. Son chapitre V encadre les transferts de données personnelles hors de l’Espace économique européen : ils sont permis vers un pays reconnu comme offrant un niveau de protection adéquat, ou avec des garanties appropriées comme les clauses contractuelles types. Pour les États-Unis, ce cadre a changé trois fois, comme le rappelle le communiqué de la Cour de justice de l’Union du 3 septembre 2025 :
- Octobre 2015
La Cour de justice invalide le premier cadre de transfert vers les États-Unis (arrêt Schrems I).
- 16 juillet 2020
Elle invalide le second, le « Privacy Shield » (arrêt Schrems II), tout en validant les clauses contractuelles types.
- 10 juillet 2023
La Commission adopte une nouvelle décision d’adéquation, le « Data Privacy Framework ».
- 3 septembre 2025
Le Tribunal de l’Union rejette le recours d’un député français contre cette décision.
- 31 octobre 2025
Le député forme un pourvoi devant la Cour de justice.
À la date de cet article, un transfert vers une entreprise américaine certifiée dans ce cadre est donc licite. Les sources de la chronologie : l’arrêt Schrems II, la décision de la Commission et le pourvoi formé le 31 octobre 2025. Pour une entreprise qui ne veut pas dépendre de l’issue du pourvoi, garder les données personnelles en Europe chez un acteur européen reste la réponse la plus simple à expliquer.
Une seconde question se pose : un hébergeur américain qui stocke vos données dans un centre européen. Le ministère américain de la Justice explique, dans sa note sur le CLOUD Act, qu’un prestataire soumis au droit américain doit produire les données qu’il contrôle en réponse à une procédure valable, quel que soit l’endroit où il les stocke. La même note rappelle que beaucoup d’États ont des règles comparables pour les entreprises de leur ressort. La localisation des données et la nationalité de l’hébergeur sont donc deux critères distincts, et le choix entre eux dépend de vos clients et de votre secteur. Notre article sur la dépendance de l’Europe au cloud américain élargit la question au reste de vos outils.
Où sont vraiment les données personnelles d’un site
Sur un site statique, les données personnelles passent par quelques points, toujours les mêmes :
- Le formulaire.
Chaque demande contient un nom, une adresse e-mail, souvent un numéro. C’est la donnée la plus sensible du site, et la seule qui se conserve.
- La mesure d’audience.
Selon l’outil, elle lit l’adresse IP, pose des cookies et envoie les données chez son éditeur.
- Les ressources tierces.
Une police, une vidéo, une carte chargées depuis un autre domaine transmettent l’adresse IP du visiteur à ce domaine.
- Les journaux.
L’hébergeur et le réseau de diffusion enregistrent les requêtes, adresses IP comprises, pour une durée qu’ils fixent.
Le point 3 est le plus souvent oublié, et un tribunal l’a déjà sanctionné : en janvier 2022, le tribunal régional de Munich a condamné un exploitant de site à verser 100 euros de dommages et intérêts à un visiteur, parce que les polices chargées depuis les serveurs de Google transmettaient son adresse IP sans son consentement. Servir ses polices depuis son propre site supprime le problème, sans changer l’affichage.
Ce que nous faisons sur ce site
Ce site est servi par Cloudflare, une entreprise américaine, depuis son réseau mondial. Ce choix tient parce que les pages ne contiennent aucune donnée personnelle. Le réseau de Cloudflare voit, comme tout hébergeur, les adresses IP des visiteurs dans ses journaux ; ce que le site conserve, lui, reste en Europe :
- les demandes du formulaire sont enregistrées dans un espace de stockage soumis à la restriction de juridiction européenne, que la documentation de Cloudflare décrit comme la garantie que les objets sont stockés dans l’Union, et qui ne peut plus être changée après la création de l’espace ;
- les polices sont servies par le site lui-même, sans appel à un service tiers ;
- la mesure d’audience passe encore par Google Analytics : son remplacement par un outil sans cookie figure dans notre liste de dettes techniques.
Le mécanisme d’enregistrement des demandes est détaillé dans notre article sur les formulaires et la recherche sur un site statique.
Ce que la distance change à la vitesse
La vitesse d’affichage dépend en partie de la distance : une requête qui traverse un continent prend plus de temps qu’une requête qui reste dans la même ville. Pour un public européen, un serveur en Europe est donc bien placé. Pour un public mondial, un serveur unique, où qu’il soit, ralentit une partie des visiteurs.
C’est là qu’un site statique aide : ses pages sont des fichiers identiques pour tous, qu’un réseau de diffusion copie sur des dizaines de points et sert depuis le plus proche du visiteur. La vitesse se mesure ensuite page par page, avec les seuils que Google publie, détaillés dans notre article sur les Core Web Vitals pour un dirigeant.
À retenir
Pour un site statique, la question « où héberger » se règle en deux réponses : les pages là où elles sont servies le plus vite à votre public, les données personnelles là où vous voulez qu’elles restent.
Trois montages possibles
- Tout en Europe. Hébergeur européen, diffusion depuis l’Europe, formulaire et mesure d’audience hébergés en Europe. Le plus simple à expliquer à un client ou à un acheteur public ; des acteurs comme OVHcloud, Scaleway, Hetzner ou Infomaniak le permettent, parmi d’autres.
- Les pages sur un réseau mondial, les données en Europe. Le montage de ce site : la vitesse partout, et les données que le site conserve stockées dans l’Union.
- Un serveur à soi, en Europe. Pour un site qui accompagne des applications métier déjà hébergées sur ce serveur. La diffusion mondiale et la maintenance redeviennent votre affaire, comme l’explique notre comparatif Cloudflare, Netlify ou VPS.
Les questions à poser à un hébergeur
- Où sont stockées les données, et peut-on le garantir par contrat ? Pas seulement les fichiers : les journaux, les sauvegardes, les données du formulaire.
- Sous quel droit l’entreprise opère-t-elle ? Siège, maison mère, et ce que cela implique pour les demandes d’autorités.
- Quels sous-traitants interviennent ? L’article 28 du RGPD impose un contrat de sous-traitance et l’autorisation préalable des sous-traitants ultérieurs : demandez la liste.
- Combien de temps les journaux sont-ils conservés ? Avec les adresses IP, ce sont des données personnelles.
- Comment en sort-on ? Un site statique se déplace en copiant un dossier ; les données du formulaire doivent pouvoir suivre.
Le reste du chantier
L’hébergement n’est qu’une pièce. Un site multilingue sert plusieurs publics depuis le même montage (une langue, une adresse). Le formulaire est aussi le bloc qui transforme une visite en demande (les cinq blocs d’un site vitrine). Un changement d’hébergeur se fait sans perte quand les redirections 301 et les adresses restent identiques, et la refonte qui l’accompagne trie l’existant (les pages à garder, fusionner, supprimer). Le coût annuel dépend du montage (combien coûte un site d’entreprise), un WordPress ajoute ses propres données à protéger (pourquoi un site WordPress se fait pirater), et un éditeur de contenu stocke aussi des données quelque part (Astro et Sanity en headless, ou Markdown dans le dépôt ou CMS). L’obligation d’accessibilité vaut quel que soit l’hébergeur (ce que change l’obligation de 2025), tout comme la question de dire qu’un texte a été écrit par une IA.
Nos deux offres de site laissent le choix du montage : le site vitrine pour partir de zéro, la migration vers un site statique pour quitter un hébergement qui exécute du code à chaque visite, adresses conservées.
Questions fréquentes
Le RGPD oblige-t-il à héberger son site en Europe ?
Non. Le RGPD encadre les transferts de données personnelles hors de l’Espace économique européen, sans imposer de lieu d’hébergement. Un transfert est permis vers un pays reconnu adéquat ou avec des garanties appropriées. Garder les données en Europe simplifie cependant la conformité, surtout si le cadre de transfert vers les États-Unis venait à tomber une troisième fois.
Un hébergeur américain avec un centre de données en Europe suffit-il ?
Il règle la localisation des données, pas la nationalité de l’hébergeur. Selon le ministère américain de la Justice, un prestataire soumis au droit américain doit produire les données qu’il contrôle en réponse à une procédure valable, où qu’elles soient stockées. Selon votre secteur et vos clients, ce critère compte ou non : décidez-le explicitement.
Un site statique contient-il des données personnelles ?
Ses pages, non : ce sont des fichiers identiques pour tous les visiteurs. Les données personnelles arrivent avec le formulaire, la mesure d’audience, les ressources chargées depuis d’autres domaines, comme des polices ou des vidéos, et les journaux de l’hébergeur. Ce sont ces quelques points qu’il faut localiser et documenter, pas le site entier.
Héberger en Europe ralentit-il le site pour les visiteurs hors d’Europe ?
Un serveur unique en Europe ralentit les visiteurs lointains, comme tout serveur unique. Un site statique servi par un réseau de diffusion évite le problème : les pages partent du point le plus proche du visiteur. Les données personnelles, elles, peuvent rester stockées en Europe, indépendamment de l’endroit d’où partent les pages.
Sources
- Cour de justice de l’Union européenne, communiqué n° 106/25, 3 septembre 2025 (nouvel onglet)curia.europa.eu
- Cour de justice de l’Union européenne, communiqué n° 91/20, 16 juillet 2020 (nouvel onglet)curia.europa.eu
- Commission européenne, communiqué du 10 juillet 2023 (nouvel onglet)ec.europa.eu
- WilmerHale, décembre 2025 (nouvel onglet)wilmerhale.com
- Département de la Justice des États-Unis, The Purpose and Impact of the CLOUD Act, avril 2019 (nouvel onglet)justice.gov
- IHK Bergische Region, jugement du LG München I du 20 janvier 2022 (nouvel onglet)ihk.de
- Cloudflare R2, emplacement des données (nouvel onglet)developers.cloudflare.com
Cour de justice de l’Union européenne, communiqué n° 106/25, 3 septembre 2025
Lire sur curia.europa.eu(nouvel onglet)Cour de justice de l’Union européenne, communiqué n° 91/20, 16 juillet 2020
Lire sur curia.europa.eu(nouvel onglet)Département de la Justice des États-Unis, The Purpose and Impact of the CLOUD Act, avril 2019
Lire sur justice.gov(nouvel onglet)IHK Bergische Region, jugement du LG München I du 20 janvier 2022
Lire sur ihk.de(nouvel onglet)Jim · fondateur de Brain Plus AI
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