Traduction et nouveaux marchés 8 min

Traduire un logiciel : chaînes, contexte, mises à jour

Traduire un logiciel ou une application, c'est traduire des centaines de textes courts sortis de leur écran : il faut donner au traducteur le contexte, prévoir les pluriels et l'allongement du texte, et traduire à chaque version plutôt qu'une fois. Une mémoire, un glossaire et un contrôle qui bloque une version incomplète tiennent le rythme.

Sommaire8
  1. 01Pourquoi un logiciel ne se traduit pas comme un site
  2. 02Préparer le logiciel avant de traduire
  3. 03Donner du contexte au traducteur
  4. 04Suivre les mises à jour sans tout retraduire
  5. 05La fiche des stores et ce qui entoure le logiciel
  6. 06Ce que ça coûte
  7. 07Par où commencer
  8. 08Questions fréquentes

En bref

  • Un logiciel se traduit en chaînes : des textes courts, isolés de leur écran. Sans contexte, même un excellent traducteur se trompe de sens.

  • L’interface se prépare avant la traduction : textes sortis du code, pluriels, place pour un texte plus long, autre sens d’écriture.

  • La traduction suit chaque version : seules les chaînes nouvelles ou modifiées repartent, et un contrôle empêche une version de sortir avec une langue incomplète.

Traduire un site, c’est traduire des pages. Traduire un logiciel ou une application, c’est traduire des centaines de petits textes : un bouton, un message d’erreur, un titre d’écran, une notification. Chacun arrive seul, sans la phrase autour, et change à chaque version.

Bien préparée, cette traduction ouvre un marché sans ralentir les mises en production. Mal préparée, elle produit des boutons coupés, des pluriels faux et des écrans à moitié traduits après chaque mise à jour. Cet article dit ce qui fait la différence, du point de vue de l’entreprise qui édite le logiciel. Il complète nos articles sur la traduction de site et l’ouverture de nouveaux marchés.

Définition

Chaîne

Un texte affiché par le logiciel (libellé de bouton, message d’erreur, titre d’écran), rangé hors du code dans un fichier par langue, et repéré par une clé qui l’identifie dans toutes les langues.

Pourquoi un logiciel ne se traduit pas comme un site

Trois différences changent tout.

Les textes sont courts et sans contexte. « Open » est-il un verbe (« Ouvrir ») ou un état (« Ouvert ») ? « Save » veut-il dire « Enregistrer » ou « Économiser » ? Sur un écran, la réponse est évidente ; dans un fichier de chaînes, elle ne l’est pas. Le traducteur, humain ou machine, devine.

Les textes contiennent du code. Une chaîne comme « {count} fichiers supprimés » porte une variable que la traduction ne doit ni traduire ni casser, et dont la place change selon la langue.

Les textes changent sans cesse. Chaque version ajoute, modifie ou supprime des chaînes. Une traduction faite une fois pour toutes est périmée à la version suivante.

Préparer le logiciel avant de traduire

Ce travail se fait une fois, dans le code, et sert à toutes les langues. On l’appelle internationalisation.

Sortir les textes du code. Chaque texte affiché vit dans un fichier de chaînes par langue, jamais écrit en dur dans un écran.

Prévoir les pluriels. La documentation d’Android le résume :

Les langues ont des règles différentes d’accord grammatical avec la quantité.

Documentation Android, ressources de chaînes, traduit de l’anglais

L’anglais a deux formes, le singulier et le pluriel ; le polonais ou le russe en ont davantage ; le chinois n’en distingue aucune. Les bibliothèques de traduction des principaux langages gèrent ces formes, à condition que le code leur passe le nombre au lieu de coller « s » à la fin du mot. Les formats de date, de nombre et de devise suivent la même logique, comme l’explique localiser plutôt que traduire.

Laisser de la place au texte traduit. Un texte traduit de l’anglais s’allonge, et d’autant plus qu’il est court :

200 à 300 %

la longueur moyenne, après traduction depuis l’anglais, d’un texte de 10 caractères au plus

130 %

celle d’un texte de plus de 70 caractères

Source : W3C, Text size in translation, d’après les règles d’IBM pour les langues européennes

Les boutons et les onglets, les textes les plus courts, sont donc les premiers à déborder. Le même article du W3C donne l’exemple du mot « views » de Flickr, trois fois plus long en italien.

Prévoir l’autre sens d’écriture. L’arabe et l’hébreu s’écrivent de droite à gauche : l’interface entière se retourne, pas seulement le texte.

Ces défauts se voient avant de payer la moindre traduction. Android propose des pseudo-langues qui allongent et accentuent chaque texte, ou le passent de droite à gauche : un écran qui casse en pseudo-langue cassera en allemand ou en arabe.

Donner du contexte au traducteur

Le contexte fait la qualité d’une traduction de logiciel plus que l’outil. Pour chaque chaîne, le traducteur devrait voir :

  • une capture de l’écran où elle apparaît, ou au moins son emplacement ;
  • une description quand le sens est ambigu (« Open : verbe, bouton qui ouvre le dossier ») ;
  • une longueur maximale quand la place est comptée ;
  • le ton : tutoiement ou vouvoiement, registre, tenus dans le glossaire de marque avec les noms des fonctions.

Les plateformes de gestion des traductions affichent ce contexte à côté de chaque chaîne, et un modèle d’IA peut le recevoir avec le texte. Le choix de l’outil de traduction automatique se fait sur vos propres chaînes, selon la méthode de DeepL, Google ou un LLM.

Rien ne remplace pourtant la relecture dans l’application elle-même. Un traducteur ou un relecteur qui parcourt les écrans réels dans sa langue voit ce qu’aucun fichier ne montre : un bouton coupé, un message qui ne correspond pas à l’action, un terme qui change d’un écran à l’autre. C’est son métier, et il reste indispensable même quand la machine fait le premier jet, comme nous le détaillons dans traduire son site avec l’IA, automatique ou relue.

Suivre les mises à jour sans tout retraduire

La traduction d’un logiciel n’est pas un projet, c’est une étape de chaque version.

Une version traduite, du code à la publication

  1. L’extraction

    Les chaînes nouvelles ou modifiées sortent du code, avec leur contexte.

  2. La traduction

    Mémoire d’abord, puis traduction automatique avec glossaire, puis traducteur.

  3. La relecture

    Sur les écrans réels, dans chaque langue.

  4. Le contrôle

    La version ne part pas s’il manque une chaîne dans une langue.

  5. La publication

    L’application, puis sa fiche dans les stores.

La mémoire de traduction évite de payer deux fois la même chaîne : seules les nouvelles et les modifiées repartent en traduction. Le contrôle de parité, lui, compare les clés de chaque langue à celles de la langue source et bloque la version quand il en manque.

Sur le terrain

Sur Palmora Property, un site d’annonces immobilières en six langues que nous opérons, le pipeline de traduction associe glossaire, mémoire et contrôle de parité : l’allemand y a été ouvert avec 1 092 clés en parité avec les autres langues, et 95 % des segments sortent de la mémoire après le premier passage, sans rappeler l’IA. Sur ce site, un contrôle lancé avant chaque construction refuse une page d’offre dont le français et l’anglais n’ont pas les mêmes blocs, les mêmes listes et les mêmes nombres.

La fiche des stores et ce qui entoure le logiciel

Une application traduite dont la fiche reste en français ne sera pas trouvée. Apple distingue d’ailleurs les deux : selon sa documentation, les langues déclarées dans App Store Connect relèvent des métadonnées, distinctes de la traduction de l’application elle-même, et quand on ajoute une langue, captures et propriétés reprennent celles de la langue principale, sauf la description et les mots-clés, qui restent à écrire.

Ces mots-clés de fiche se cherchent comme ceux d’un site, dans la langue et pour le pays, selon mots-clés à l’étranger : refaire la recherche, pas traduire. Les captures d’écran gagnent à montrer l’interface dans la langue de la fiche.

Autour du logiciel, d’autres textes suivent : e-mails envoyés par l’application, notifications, aide en ligne, conditions d’utilisation (à faire relire par un juriste du pays), et les réponses du support, traitées dans traduire ses e-mails et son support client sans recruter. Pour un catalogue de produits vendus dans l’application, traduire ses fiches produit pour l’export s’applique tel quel.

Ce que ça coûte

Le volume de texte d’un logiciel est souvent modeste comparé à celui d’un site. Ce qui coûte, c’est la préparation du code, le contexte à fournir et la relecture dans l’application, puis le suivi à chaque version. Une fois le circuit en place, chaque version ne coûte que ses chaînes nouvelles. Les prix au mot et au caractère sont détaillés dans traduire un site : le coût au mot, à la page, au marché, et le budget d’une application dans son ensemble dans combien coûte une application : ce qui fait varier le prix.

Reste à choisir la langue par laquelle commencer : allemand, espagnol, italien : quel marché ouvrir d’abord et ouvrir un marché anglophone : au-delà de la langue aident à trancher.

Par où commencer

Activez une pseudo-langue sur votre application, ou faites traduire automatiquement une copie de vos chaînes en allemand, et parcourez tous les écrans. Notez chaque texte qui déborde, chaque texte resté en français et chaque pluriel faux : c’est la liste de ce qui doit être corrigé dans le code avant la vraie traduction.

Pour préparer votre logiciel et mettre en place le circuit de traduction à chaque version, décrivez-nous votre application et vos langues : nous partons de votre code et de votre rythme de mises à jour.

Questions fréquentes

Peut-on traduire une application avec DeepL ou ChatGPT ?

Oui pour le premier jet, à condition de fournir le contexte de chaque chaîne et un glossaire, et de protéger les variables du code. Les chaînes courtes et ambiguës restent le point faible de toute traduction automatique : une relecture dans l’application, par une personne qui lit la langue, repère les sens erronés et les textes qui débordent.

Qu’est-ce que la pseudo-localisation ?

C’est une fausse langue générée automatiquement pour tester l’interface avant de traduire : chaque texte est allongé, accentué ou écrit de droite à gauche, tout en restant lisible. Un écran qui casse en pseudo-langue cassera dans une vraie langue. Android en propose deux, une pour l’allongement et les accents, une pour le sens d’écriture.

Faut-il un logiciel de gestion des traductions ?

Pas au départ, pour une ou deux langues et un rythme de versions lent. Il devient utile quand les langues se multiplient ou que les versions sortent souvent : il garde la mémoire, affiche le contexte aux traducteurs, suit les chaînes modifiées et se branche sur le dépôt de code. L’essentiel est le contrôle qui bloque une version incomplète.

Faut-il traduire l’application et sa fiche dans les stores en même temps ?

Oui. Une application traduite dont la fiche reste dans une autre langue n’est pas trouvée par les utilisateurs du pays, et une fiche traduite sur une application qui ne l’est pas déçoit dès l’ouverture. Les deux sortent ensemble, avec des mots-clés de fiche cherchés pour le pays plutôt que traduits.

Sources

  1. Documentation Android, tester son application avec des pseudo-langues (nouvel onglet)developer.android.com
  2. Apple, App Store Connect, localiser les informations de l’app (nouvel onglet)developer.apple.com
Source 1

Documentation Android, tester son application avec des pseudo-langues

Lire sur developer.android.com(nouvel onglet)
Source 2

Apple, App Store Connect, localiser les informations de l’app

Lire sur developer.apple.com(nouvel onglet)

Jim · fondateur de Brain Plus AI

À lire aussi en traduction et nouveaux marchés

  • Comprendre7 min

    Mémoire de traduction : ce que l'entreprise y gagne

    Une phrase traduite une fois ne devrait pas se payer deux fois. La mémoire de traduction y veille à chaque mise à jour du site, à condition qu'elle vous appartienne.

  • Guide pratique8 min

    Glossaire de marque : éviter les traductions incohérentes

    Le même produit appelé de trois façons sur trois pages, et le lecteur se demande s'il s'agit de trois produits. Le glossaire de marque fixe les termes qui ne se discutent pas, avant la première traduction, quel que soit l'outil ou le traducteur.

  • Comprendre9 min

    Localiser plutôt que traduire : prix, preuves et formulaires

    Une page peut être parfaitement traduite et rester étrangère : un prix dans la mauvaise devise, une date qui se lit à l'envers, un formulaire qui refuse un nom, un rendez-vous sans fuseau horaire. Localiser, c'est adapter ce qui change d'un pays à l'autre, pas seulement les mots.

WhatsApp